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Photo : Située au 4000, rue Saint-Ambroise, à Montréal, la société Coleco Canada comptait parmi les quelques entreprises ayant fabriqué des consoles de jeux vidéo au pays.

Transition vers le numérique : l’indissociabilité du matériel et du logiciel

Il y a de cela plus d’un an, on m’a demandé d’explorer le monde des jeux vidéo « canadiens » et de proposer des modèles d’exposition d’artefacts à tenir en 2016. Le seul hic était que le Musée ne possédait pas beaucoup de tels artefacts. Devrais-je donc partir à zéro et monter une nouvelle collection? Nous avions bien quelques pièces intrigantes qui pouvaient me servir comme point de départ… Or, l’examen initial de ces objets et de leur histoire a façonné ma manière de conceptualiser les mondes physiques et numériques, de même que le flou qui les sépare.

Photo: Mise au point par la société Flim Flam et distribuée au Canada par la firme G.A.M.E. ltée, la table proposait quatre jeux, soit Flim Flam Tennis, Flim Flam Hockey, Knockout et Knockout Doubles, tous des clones du jeu Pong.

Photo: Mise au point par la société Flim Flam et distribuée au Canada par la firme G.A.M.E. ltée, la table proposait quatre jeux, soit Flim Flam Tennis, Flim Flam Hockey, Knockout et Knockout Doubles, tous des clones du jeu Pong. No. d’artefact : 1985.0580 STMTC

Le premier vrai jeu vidéo acquis par le Musée se présente sous forme de jeu d’arcade en style de table de salon (1985.0580). Cet ajout à la collection nationale a vite été suivi par l’acquisition en 1987 d’une console de jeux l TELSTAR (1987.0457), fabriqué par la société Coleco Canada. Comme les jeux (des clones de Pong dans les deux cas) font partie intégrante de ces premiers artefacts, contrairement aux ordinateurs sur lesquels on peut jouer ou non, ils constituent donc des exemples à la fois matériels et logiciels du divertissement électronique.

Légende : On peut voir la vidéo d’une table Flim Flam remise en état par un dénommé DeLuSioNaL Arcade montrant comment les jeux se déroulaient (https://www.youtube.com/watch?v=AVKOjKl3dPU, en anglais seulement).

Photo : On peut voir la vidéo d’une table Flim Flam remise en état par un dénommé DeLuSioNaL Arcade montrant comment les jeux se déroulaient (https://www.youtube.com/watch?v=AVKOjKl3dPU, en anglais seulement).

De nombreux fabricants ont conçu des versions misant sur l’immense succès de Pong, commercialisé par Atari. Considéré comme étant le premier jeu d’arcade d’un succès commercial, l’original a en outre ouvert un marché pour les consoles résidentielles (Odyssey de Magnavox et Home Pong d’Atari). Les deux artefacts ont eu leur rôle à jouer dans le développement d’une industrie et d’une culture du jeu vidéo au Canada. Bien qu’ils aient été acquis séparément, je ne peux m’empêcher de croire qu’on les a toujours imaginés ensemble au sein de la collection. Combinés, ils illustrent en effet la montée en popularité du divertissement électronique à l’échelle nationale au milieu des années 70. La table de jeux et la console résidentielle représentent l’éventail croissant d’endroits où les consommateurs étaient invités à jouer, tout en révélant que l’industrie s’est d’abord formée en copiant des logiciels populaires au lieu d’innover. Ces objets constituent une excellente amorce de discussion sur l’adoption des technologies et la valeur culturelle et sociale des jeux vidéo.

Photo : Située au 4000, rue Saint-Ambroise, à Montréal, la société Coleco Canada comptait parmi les quelques entreprises ayant fabriqué des consoles de jeux vidéo au pays.

Photo : Située au 4000, rue Saint-Ambroise, à Montréal, la société Coleco Canada comptait parmi les quelques entreprises ayant fabriqué des consoles de jeux vidéo au pays. No. d’artefact : 1987.0457 SMSTC.

En analysant les deux artefacts, on comprend rapidement qu’il faut aller au-delà de leur matérialité. Avant de partir à leur recherche au sein des pièces de la collection, j’envisageais de traiter les éléments matériels et logiciels séparément, comme des entités bien distinctes à examiner. Or, la table et la console m’ont fait réaliser que le caractère physique de ces éléments est intrinsèquement lié à leur caractère numérique, et que c’est en les examinant de manière globale qu’on pourra en tirer une signification plus profonde.