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« Je préfère ne pas en parler »

Les aventures d’un spécialiste de l’histoire orale : « Je préfère ne pas en parler »

En avril, je me suis enfin rendu dans la région du Wild Rose. Mon voyage avait deux buts : d’abord, d’y promouvoir notre musée auprès des fanatiques de la fiction à l’Expo de Calgary à réputation renommée; ensuite, d’y amorcer mon projet « Échos » sur l’histoire de la métallurgie et des mines sur lequel je travaillerai pendant un an. Ce projet me requière d’interviewer près de 70 personnes ayant joué un rôle prépondérant dans notre histoire minière, métallurgique et pétrolière. Comme je prévoyais déjà me rendre à Calgary pour assister à Comiccon, j’ai décidé d’en profiter pour rencontrer quelques-uns des vétérans du monde des ressources naturelles. Et l’Alberta regorge d’experts en la matière! J’ai été chanceux : le premier spécialiste que j’ai interviewé était nul autre que Bob Lee, personnalité fort connue du secteur de la métallurgie.

Robert Lee est né et a grandi à Montréal. Il a amorcé sa carrière chez Air Liquide Canada à titre d’adjoint de recherche en métallurgie, où il a tôt fait de se découvrir des talents d’innovateur, ayant amélioré de nombreuses facettes de la science du métal. Il est rapidement devenu un grand leader en gestion de la métallurgie, ayant été nommé responsable du service de la recherche puis directeur de la recherche et de la technologie chez Air Liquide. À la fin de sa carrière dans cette entreprise, Bob Lee était détenteur de plus de 200 brevets qui lui ont valu de nombreux prix prestigieux, dont une reconnaissance de l’Ordre du Canada et la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II.

Lors de notre entrevue, il portait une cravate aux couleurs de son alma mater, ce qui coïncidait plutôt bien avec mes premières questions sur ses études à l’Université McGill. « À l’époque, on disait le département de genie des métaux, mais aujourd’hui, on parle plutôt de génie des matériaux. Et certains des travaux que j’ai faits à l’université, eh bien, je préfère ne pas en parler… »

 

Bob Lee pendant son entrevue à Calgary.

Bob Lee pendant son entrevue à Calgary.

« À l’époque, on disait le département de génie des métaux, mais aujourd’hui, on parle plutôt de génie des matériaux.

Et certains des travaux que j’ai faits à l’université, eh bien, je préfère ne pas en parler… »

∼ Bob Lee

 

 

 

 

Mais j’ai su subtilement sonder davantage le sujet, et il s’est ouvert à propos de ses années d’étudiant ainsi que de quelques expériences « moins bien calculées » ayant nécessité de l’alcool, du jus de raisin, et même un peu de mercure! Et ses anecdotes de carrière étaient tout aussi colorées! J’ai appris qu’une de ses plus importantes réalisations, l’idée d’un bouchon ou obturateur poreux qui permet au gaz de s’élever du fond d’une poche (le récipient utilisé pour transporter et verser des métaux en fusion) afin de pouvoir mélanger l’acier, lui est venue… en prenant son bain!

« J’étais assis dans ma baignoire lorsque m’est survenue une flatulence, un « prout » pour ainsi dire! J’ai fait “oh!”, et ça m’a donné une idée. Et voilà comment j’en suis venu à recevoir le plus important prix de l’AIME, l’American Institute of Mining, Metallurgical and Petroleum Engineers! » Et il a littéralement raconté cette histoire lorsqu’on lui a décerné ce prix en 2010!

Il était toutefois évident, tant pour moi que pour lui, que cette anecdote flatulente était une version bien simplifiée de l’histoire réelle. En fait, l’invention de son réputé bouchon poreux a nécessité beaucoup plus de temps et d’efforts qu’il en faut pour prendre un bain. Pour pouvoir obtenir des températures homogènes et la composition chimique que requiert le métal en fusion, le scientifique a dû trouver une façon pour injecter le gaz depuis le fond d’une poche de coulée. Mais pour ce faire, il lui fallait de la brique poreuse, ce qui, hélas, n’existait guère à l’époque. Des entreprises plutôt réfractaires à l’idée lui ont montré la porte, ne vantant les mérites que des matériaux denses et compacts à longue vie utile, par opposition à de la brique « pleine des trous ». Mais finalement, un laboratoire de céramique du gouvernement canadien l’a aidé, après moult essais, à concevoir la matière poreuse voulue pour élaborer son fameux obturateur. Ces technologies et procédés novateurs ont changé la façon de fabriquer l’acier partout dans le monde, ayant rendu les procédés beaucoup plus sécuritaires et les produits de meilleure qualité. M. Lee affirme fièrement que, à ce jour, il s’agit là de son plus grand défi et de la plus belle réussite de toute sa carrière.

Brevet de Bob Lee et Guy Savard pour le traitement du métal en fusion au moyen d’oxygène.

Brevet de Bob Lee et Guy Savard pour le traitement du métal en fusion au moyen d’oxygène.

Le docteur honorifique est également considéré comme un expert dans les domaines du gaz, de l’énergie, de la combustion, des pâtes et papiers, de l’environnement, de l’entomologie et de la cryobiologie. Qui plus est, il a travaillé chez Hydrogenics, ayant collaboré au financement et à l’élaboration de la pile à hydrogène, aux balbutiements du projet. Il a même aidé la société Seagram à concevoir un procédé pour faire vieillir l’alcool en y injectant de l’oxygène …au moyen de son bouchon poreux! Cette technique qui a considérablement accéléré le vieillissement de l’alcool est encore utilisée de nos jours pour transformer le vin en porto.

Aujourd’hui, à 91 ans, Bob Lee n’a aucune intention de ralentir la cadence. Bien qu’à la retraite, il agit toujours à titre de conseiller technique indépendant chez Air Liquide, et affirme avoir encore une multitude d’idées d’inventions en tête! Peut-être devrait-il se faire couler un autre bain?

Steel Irony, juillet 2012, avec la permission de l’Association for Iron and Steel Technology (AIST).

Steel Irony, juillet 2012, avec la permission de l’Association for Iron and Steel Technology (AIST).

Remerciements :

Merci à Bob Lee pour m’avoir accordé une entrevue des plus plaisantes. Bob, votre combinaison d’expérience, d’expertise et d’humour est une vertu qui devrait tous nous inspirer, et votre apport au projet sur les mines et la métallurgie est grandement apprécié.

Sources :

American Institute of Mining, Metallurgical, and Petroleum Engineers; reconnaissance « AIME Honorary Membership », 2010.

http://www.aimehq.org/programs/award/bio/robert-gh-lee (mis à jour en 2015).

ASRL; bulletin trimestriel no 163, vol. XLIX, no 3, octobre-décembre 2012, pp.124-125.

Lee, Robert; entrevue avec Robert Lee pour le projet « Échos » sur l’histoire de la métallurgie et des mines, le 16 avril 2015. Calgary (Alberta); rencontre en personne, avec William McRae.

Air Liquide, Method and Apparatus for Treating Molten Metal with Oxygen, 1958;

http://www.google.com/patents/US2855293.

 

This is the kit ! Donated to the Museum by Parks Canada in March 2013.
Photo: CSTMC/T.Alfoldi

Trousse d’études de la neige de George Klein

Mes recherches sur le dévelopement des sciences de la neige et des avalanches au Canada a débuté en décembre 2012 après avoir fait plusieurs demandes de renseignements quant à l’emplacement d’une trousse d’étude de la neige développé par George Klein.

Trousse des sciences de la neige de Klein, 1947-2013
Manufacturier : Conseil national de recherches Canada, Division of Building Research
Endroit : Lieu historique national du Canada du Col-Rogers, C.-B., Parcs Canada, Parcs nationaux du Mont-Revelstoke et des Glaciers
No. d’artefact no. : 2013.0059.001-.010

Un pionnier du programme du satellite Alouette et membre du Panthéon canadien de la science et du génie, Klein est considéré comme l’un des inventeurs les plus prolifiques au Canada. Il a développé une trousse des sciences de la neige dans les années 1940. Mais où était-elle, et comment pourrait-on la recueillir ?

Ces trois instruments provenaient d’une des trousses originales de Klein. Ils furent utilisé dans les années 1950 pendant la construction de l’autoroute Transcanadienne au Col-Rogers par deux pionniers de la recherche sur les avalanches au Canada – Noel Gardner et Peter Schaerer, un scientifique du CNRC.

Piqué par la curiosité, et connaissant bien les liens possible avec la recherche sur les avalanches au pays, j’ai décidé de faire enquête. Mais qui pourrait m’aider ? Des contacts ont été établis, me menant à avoir eu plusieurs discussions avec des gens du CNRC à Ottawa, avec le Centre d’avalanche de la Haute Gaspésie au Québec, le centre canadien des avalanches (CAC) à Revelstoke, Parcs Canada, et finalement, avec le programme ASARC de l’Université de Calgary.

La persévérance a porté fruit ! C’est en janvier 2013, avec l’aide indispensable du Dr John Woods, un naturaliste de Parcs Canada à la retraite, et un étudiant au doctorat du programme ASARC de l’Université de Calgary, qu’ils ont pu localiser une de ces fameuses trousses. Plus de soixante ans après avoir été conçue, elle servait encore, à la station de recherche du mont Fidelity dans le Parc national des glaciers du Canada, en Colombie-Britannique.

C’est lors de ma visite au Lieu historique national du Canada du Col-Rogers en mars 2013 que Jeff Goodrich et Jacolyn Daniluck de Parcs Canada ont fait don au Musée d’une seconde trousse d’études de la neige. Marqué par l’usure du temps, celle-ci (ci-dessus), et en utilisation jusqu’à récemment, comprenait quatre instruments d’origine de Klein : une balance à fléau estampé « NRC / DBR », un couteau à échantillonnage de la neige, un bol, ainsi qu’une jauge de densité de la neige.

Plot d’études de la neige,
Mont Fidélité, Parcs Canada, 1965, Parc national des Glaciers
Fred Schleiss tient une carte d’identité de cristal de neige et identifie le type et la taille des grains de neige. Vu accroché à la poignée de la pelle, la balance à fléau de Klein et le petit seau sont certains des instruments de bases servant à déterminer la densité de la neige aux divers profondeurs de ce plot d’étude.
Photo : Reproduit avec la permission de Parcs Canada.

Ces instruments furent développé dans les années 1940 par George Klein pour études visant à avancer ses recherches sur le dévelopement de trains d’atterissage-skis pour avions. Les recherches de Klein dans ce domaine ont contribué à l’établissement d’un standard internationale de classification de la neige aussi bien qu’aux études d’avalanches pendant la planification et la construction de la Route transcanadienne.

Merci à Johan Schleiss pour une visite de ce plot d’études de la neige.
Lieu historique national du Canada du Col-Rogers, C.-B.
Photo de l’auteur, mars 2013

Clickez ici pour voir VIDÉO « Chasse-neige sur la route Transcanadienne »

Vidéo pris du stationnement Bostok Creek au pied du mont Fidélité dans le Parc national du Canada des Glaciers, en Colombie Britannique.
Situé à une élévation de 1 900m, la station de recherche du Mt. Fidélité est une station de météo et sciences de la neige pour le controle des avalanches. Avec une accumulation moyenne de 14 mètres (42 pieds), c’est l’emplacement le plus enneigé au Canada et le 3e emplacement le plus enneigé au monde.
Photo/vidéo de l’auteur, février 2011.

 

Resources :

Terres des neiges en furie

http://www.landofthunderingsnow.ca/index-fra.php

Centre d’avalanche de la Haute Gaspésie

http://www.centreavalanche.qc.ca/

Le Panthéon canadien des sciences et du génie

http://cstmuseum.techno-science.ca/fr/pantheon/le-pantheon-george-j-klein.php

Lieu historique national du Canada du Col-Rogers

http://www.pc.gc.ca/fra/lhn-nhs/bc/rogers/index.aspx

Parc national du Canada des glaciers

http://www.pc.gc.ca/fra/pn-np/bc/glacier/index.aspx

Renseignements d’avalanche dans l’arrière pays

http://www.pc.gc.ca/fra/pn-np/bc/glacier/visit/a9.aspx

 

Remerciements :
Merci à Parcs Canada (Jeff Goodrich, Jacolyn Daniluck, et Johan Schleiss) pour le don de la trousse de Klein et autres objets au Musée. Au Dr John Woods, Wildvoices Consulting et Mike Conlan, Programme ASARC, Université de Calgary pour avoir trouvé les instruments de Klein encore en usage, et de nous avoir dirigé dans la bonne direction. Au Conseil national de recherches du Canada (CNRC) pour l’utilisation de la photo du kit, et à M. Dick Bourgeois-Doyle pour avoir répondu aux nombreuses questions que j’avais sur George Klein.

Sources :

Bourgeois-Doyle, R., George Klein: The Great Inventor, National Research Council Press, Ottawa, Canada, 1994.

Klein, G.J., Method of Measuring the Significant Characteristics of a Snow-Cover, Report No. MM-192, National Research Council of Canada, Ottawa, November 1946.

Klein, G.J., Canadian Survey of Physical Characteristics of Snow-Covers, For presentation at the Oslo Conference of the International Union of Geodesy and Geophysics, National Research Council of Canada, Ottawa, June 1948.

Proceedings of 1947 Conference on Snow and Ice, Associate Committee on Soil and Snow Mechanics. Technical Memorandum No. 10 of the Associate Committee on Soil and Snow Mechanics, NRC, Ottawa, October 1947.

The International Classification for Snow, Issued by the International Association of Hydrology. Published as Technical Memorandum No. 31 by the Associate Committee on Soil and Snow Mechanics. National Research Council of Canada, Ottawa, August 1954.

 

Musée des sciences et de la technologie du Canada

http://cstmuseum.techno-science.ca/fr/pantheon/le-pantheon-george-j-klein.php

SMSTC / 2014