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Les gants chirurgicaux : le conflit entre la protection et la sensibilité

De nous jours en médecine et en science, nous prenons le port de gants pour acquis. Mais à la fin des années 1800, lorsqu’on les a introduits pour la première fois, leur utilité en chirurgie n’était pas aussi flagrante. En 1889, le chirurgien William Halsted de Johns Hopkins a été le premier à offrir des gants de caoutchouc pour la chirurgie en cadeau à son infirmière en chef et future épouse, Caroline Hampton, afin qu’elle puisse protéger ses mains contre des solutions caustiques qui avaient été utilisées pour prévenir l’infection bactérienne chez le patient. Les gants ont ensuite été utilisés par les assistants d’Halsted, mais le fait de les porter pour protéger le patient contre les bactéries présentes sur les mains du chirurgien n’a pas été d’une évidence immédiate. Le port de gants par toute l’équipe chirurgicale est devenu une pratique courante à Johns Hopkins seulement après 1896.

En fait, les chirurgiens qui portaient des gants au cours de leurs procédures suscitaient de la controverse et des débats dans le monde chirurgical des années 1890. La nature de plus en plus délicate des chirurgies accentuait l’importance du toucher et de la dextérité, deux aspects qui étaient compromis par l’utilisation de gants. Plusieurs chirurgiens n’étaient pas prêts à remédier à leur toucher et leur dextérité en échange de la stérilité. D’autres étaient plus souples pour négocier entre le contrôle manuel et microbien et ont fait l’expérience de divers matériaux comme le coton, la soie, le cuir et le caoutchouc, ainsi que des combinaisons de ces matériaux. Les rencontres chirurgicales commençaient à inclure des démonstrations de différents modèles de gants offerts par les fabricants[1].

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Une publicité pour des gants de chirurgie qui permettent « un poulx très faible » à se faire sentir à travers son caoutchouc. Illustrated Catalogue of High Grade Surgical Instruments and Physicians’ Surgical Supplies, Sharp & Smith in Chicago, vers 1908. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Les catalogues d’instruments chirurgicaux et d’articles divers de la Collection de littérature professionnelle du Musée présentent certaines caractéristiques particulières des gants qui ont été commercialisés pour les chirurgiens afin qu’ils conservent le meilleur contact chirurgical. Le catalogue d’un fabricant de fournitures chirurgicales de Chicago vers 1908 présentait des « gants de caoutchouc sans couture » qui sont « lisses, solides, transparents, non absorbants et qui peuvent être stérilisés. Ils permettent de ressentir un pouls très faible, la différence dans l’uniformité des tissus et l’irrégularité des surfaces », ce qui indique quelques-unes des caractéristiques recherchées par les chirurgiens en quête du gant idéal. D’autres qualités souhaitées incluaient le confort et la flexibilité. Un autre catalogue publié vers 1900 par The Hospital Supply Co. à New York décrivait explicitement ses gants comme étant conçus « de caoutchouc souple très mince, épousant la peau de très près et ne nuisant pas au sens du toucher ». Starkman, une société domiciliée à Toronto, prétendait que son modèle de 1970 était « tellement délicat qu’il pouvait révéler une empreinte digitale ».

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Des gants qui prétendent être « tellement délicat qu’il pouvait révéler une empreinte digitale »  Starkman Surgical Supply: Price Catalogue 1970, Toronto, 1970. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Avec les progrès technologiques, les gants plus minces offraient plus de sensibilité. Éventuellement, les gants sont devenus omniprésents et essentiels dans la boîte à outils d’un chirurgien. Les chirurgiens peuvent maintenant se concentrer sur le choix des gants en fonction de leur confort et leur flexibilité. Ma recherche portant sur le toucher chirurgical pour l’exposition à venir du Musée qui s’intitule Sensations médicales m’a amenée à me plonger davantage dans la façon dont les chirurgiens d’aujourd’hui choisissent leur gant idéal. Le Dr Gerald Fried, chirurgien en chef au Centre universitaire de santé McGill, explique ce qui est important pour lui : « la configuration des différentes marques peuvent entraîner une pression sur diverses zones de la main, ce qui cause de la fatigue pour les plus longues chirurgies ». Alors il choisit les gants en fonction de leur forme et de l’élasticité de leur matériel pour qu’il n’y ait pas de restriction dans le mouvement.

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Gants de chirurgie SensiCare en polyisoprène synthétique. Courtoisie du docteur Harvey Sigman et l’Hôpital général juif de Montréal

Selon le Dr Harvey Sigman, un chirurgien de l’Hôpital général juif de Montréal, les gants conçus de matériel plus épais sont préférés par certains chirurgiens, car ils offrent une protection supplémentaire contre la perforation et les brûlures de cautérisation. Certains chirurgiens, y compris le Dr Sigman, choisissent même de porter deux paires de gants pour avoir une protection supérieure.

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Gants de chirurgie Gammex Non-Latex en polyisoprène. Courtoisie du docteur Jeffrey Barkun et le Centre universitaire de santé McGill.

D’autres, comme le Dr Jeffrey Barkun, un chirurgien du Centre de Santé de l’Université McGill, trouvent que le port de deux paires de gants est trop contraignant et préfèrent porter des doublures de gants. Le Dr Barkun trouve que ces doublures douces et minces épousent très bien la peau et offrent une meilleure protection, sans affecter le sens du toucher. Les docteurs Sigman et Barkun ont gentiment offert des exemples de leurs gants préférées pour la collection d’artéfacts du Musée. Ceux-ci seront exposés avec la littérature professionnelle dans la section des touchers chirurgicaux de l’exposition Sensations médicales à venir.

[1] Pour en savoir davantage, lire l’article de Thomas Schlich qui s’intitule « Negotiating Technologies in Surgery: The Controversy about Surgical Gloves in the 1890s » dans le numéro de juillet 2013 du Bulletin of the History of Medicine.

Cynthia L. Tang est un Chercheur attaché, Université McGill et SMSTC

Photo. Radeau parti de la Libye. Photo du Dr Simon Bryant

Une boussole dans la crise des migrants

En juin 2015, alors que la crise des migrants s’intensifiait dans la mer Méditerranée, j’ai demandé à mon amie Carol Devine, qui travaille depuis longtemps pour Médecins Sans Frontières (MSF), s’il était possible de recueillir des objets témoignant de cette expérience du point de vue médical. Sans tarder, elle s’est empressée d’envoyer un message au personnel de MSF à bord du navire de sauvetage MY Phoenix de MOAS en service dans la Méditerranée. Simon Bryant, médecin canadien à bord, a généreusement accepté de relever le défi. Pendant sa mission, il a donc rassemblé divers objets : une boussole marine trouvée dans un radeau pneumatique plein à craquer, des dispositifs de flottaison pour enfants, des appareils médicaux essentiels servant à dégager les voies respiratoires, une combinaison blanche jetable, une plaque indiquant la salle de consultation, ainsi qu’un drapeau usé du Phoenix. Tous ces objets étaient accompagnés d’images et d’une description détaillée de leur provenance.

Gilet de sauvetage et un Flotteur récupéré pendant la mission de sauvetage en mer Méditerranée à l’été 2015.

Gilet de sauvetage et gilet de flottaison pour piscine récupérés pendant la mission de sauvetage en mer Méditerranée à l’été 2015. Le gilet pour piscine porte la mention suivante au dos : NOT TO BE USED FOR BOATING … NOT A LIFESAVING DEVICE (Ne pas utiliser dans les embarcations nautiques … Cette veste n’est pas un gilet de sauvetage.). Photo prise par le Dr Simon Bryant

Le premier contact entre migrants et Occidentaux a souvent été établi dans le cadre de missions de sauvetage en mer Méditerranée. En 2015, de concert avec Migrant Offshore AID Station (MOAS), MSF a lancé des opérations de sauvetage en mer parce que beaucoup de personnes risquaient de mourir noyées ou de disparaître en mer pendant leur traversée périlleuse en provenance de la Libye et de la Turquie, et éprouvaient des problèmes de santé à leur arrivée en Europe.

Beaucoup sont celles qui ont eu besoin de soins médicaux immédiats sur le navire; ma demande initiale consistait donc à réunir des objets témoignant de la crise en cours. Les objets choisis par la suite par le Dr Bryant ont permis de dresser un portrait plus vaste de la situation dans la zone de sauvetage. En récupérant la plaque de la salle de consultation, il attirait notre attention sur la perspective des migrants, au milieu de toute l’agitation qui régnait à bord du navire de sauvetage et malgré les défis que représentaient les barrières linguistiques.

Plaque de la salle de consultation portant la mention Consultation in Progress (consultation en cours). Photo prise par le Dr Simon Bryant.

Plaque de la salle de consultation portant la mention Consultation in Progress (consultation en cours). Photo prise par le Dr Simon Bryant.

L’un des dispositifs de flottaison était en réalité un gilet pour piscine portant la mention « NE PAS UTILISER DANS LES EMBARCATIONS NAUTIQUES » (de plus en plus utilisé par les enfants migrants), tandis que l’autre était un gilet de sauvetage homologué. Quant aux canules oropharyngées de type Guedel, le Dr Bryant en a eu plein les poches pendant sa mission. La boussole marine, faite de plastique de couleur laiton, avait été fabriquée par une compagnie d’équipement de navigation et de pêche en Chine.

Boussole marine fabriquée par Zhanhui Industry, ltée. Province de Guangdong, Chine

Boussole marine fabriquée par Zhanhui Industry, ltée. Province de Guangdong, Chine. Photo prise par le Dr Simon Bryant.

Comme les migrants, ils en ont aussi parcouru du chemin, ces objets. À l’automne 2015, peu après leur arrivée à Ottawa, Dan Conlin, conservateur au Musée canadien de l’immigration du Quai 21, à Halifax, a accepté le défi de les exposer au public. L’exposition, intitulée Une traversée périlleuse, a dressé un portrait de la crise des migrants au moyen d’objets simples et révélateurs, qui, à l’époque, avaient fait la manchette des journaux canadiens. En mai, les artéfacts seront transportés au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg, afin d’y être exposés à l’été 2016. Et comme il y a d’autres établissements qui ont demandé à les exposer à la fin de l’été (il est possible que la boussole soit exposée à la Biennale de Shanghai en 2016), ils poursuivront donc leur périple imprévu autour du monde afin de raconter cette histoire peu banale où ils sont passés de produits manufacturés chinois à biens de consommation (qui a acheté la boussole et où?!) à articles de survie à artéfacts culturels.

Simon Bryant raconte la mission de sauvetage de 2015 dans un blogue intitulé Bringing Home the Rescue-Zone (en anglais). Dans un article publié dans l’édition de septembre 2015 du magazine Outside, Joshua Hammer décrit aussi la situation à bord du Phoenix (accompagnant son récit de photos montrant le Dr Bryant au travail). J’ajoute ci-dessous l’histoire de la boussole telle que l’a racontée le Dr Bryant pour nos dossiers d’acquisition:

L’histoire de la boussole racontée par Simon Bryant

En Libye, dans la nuit du 3 août 2015, vers 3 h, 103 adultes et 15 enfants venant de 14 pays ont fui la violence, la pauvreté et la maltraitance dont ils étaient victimes dans leurs pays d’origine, et sont montés à bord d’un radeau pneumatique de neuf mètres, propulsé par un vieux moteur extérieur de 40 chevaux-puissance, pour prendre la direction du nord.

Photo. Radeau parti de la Libye. Photo du Dr Simon Bryant

Des migrants naviguant à bord d’un radeau pneumatique parti de la Libye, le 3 août 2015. Photo prise par le Dr Simon Bryant

Ne comptant que sur cette boussole à cardan, fournie par les « passeurs » qui avaient organisé le voyage, ils ont mis le cap vers le nord. C’est une boussole du genre qu’on trouve sur beaucoup de bateaux et de radeaux.

(Dans la majorité des cas, ironiquement, l’emballage de carton servant à protéger les boussoles est resté bien en place, comme le montre la photo ci-contre. Il empêchait le mécanisme à cardan de maintenir la boussole à plat, peu importe le mouvement du bateau, ce qui, chose certaine, rendait la navigation en ligne droite difficile…) Ci-dessus, une boussole semblable à celle qui est exposée au musée; l’emballage de carton (blanc) est encore intact.

Photo : Boussole dont l’emballage est intact, photo de Gabriele Casini

Boussole dont l’emballage est intact; photo prise par Gabriele Casini

Après avoir reçu un appel de détresse, le Centre de coordination du sauvetage en mer de Rome a chargé le MY Phoenix, un navire de recherche et de sauvetage exploité conjointement par Médecins Sans Frontières (MSF) et l’organisme MOAS (Migrant Offshore Aid Station), de porter assistance à ces personnes. Le radeau a par la suite été intercepté sans incident à 10 h, à environ 20 milles marins au nord de Zuwara, en Libye, par 33° 24′ de latitude nord et 11° 57′ de longitude est.

Cette photo montrant le radeau pneumatique et ses occupants a été prise au moment où le canot pneumatique à coque rigide déployé par le Phoenix tentait une première approche, juste avant la distribution de gilets de sauvetage aux occupants du radeau.

Tous les occupants du radeau ont été transportés à bord du Phoenix, où ils ont reçu de l’eau, de la nourriture, des vêtements secs, ainsi que des soins médicaux, au besoin. Plus tard, cette même journée, toutes les personnes secourues ont été transférées à bord de deux navires de la garde côtière italienne, puis emmenées en Italie. Le Phoenix est ensuite retourné dans la zone de recherche et de sauvetage.

Pays d’origine et nombre de personnes secourues (15 enfants, 103 adultes)

Nigéria 69; Ghana 15; Soudan 6; Gambie 5; Érythrée 4; Sénégal 4; Guinée 3; Maroc 3; Mali 2; Niger 2; République démocratique du Congo 2; Libye 1

 

La caravane et ses premiers propriétaires. (Crédit : famille MacLaren)

L’histoire qui m’a fait changé d’avis

Collectionner, c’est établir un lien entre le temps et l’espace. Nous utilisons nos connaissances et nos réseaux pour chercher des objets porteurs d’une mémoire importante dans l’histoire des sciences et de la technologie au Canada. Mais parfois, quand nous ne savons même pas que nous devrions être à la recherche d’un objet, celui-ci nous trouve et nous oblige à regarder au-delà des priorités que nous avions établies pour nos collections et nous fait découvrir un véritable trésor.

Intérieur de la caravane montrant la glacière. Plaque d’immatriculation au-dessus. (Crédit : famille Desjardins)

Intérieur de la caravane montrant la glacière. Plaque d’immatriculation au-dessus. (Crédit : famille Desjardins)

En septembre 2014, j’ai reçu un courriel d’un collègue du Musée des Beaux-arts du Canada. Il avait vu une caravane fabriquée au Canada qui avait été restaurée avec soin et voulait savoir si nous souhaitions l’acquérir. Il s’agissait d’une caravane Brantford de la fin des années 1930 fabriquée par Canada Carriage & Body Limited. C’était intéressant, mais à première vue, elle datait pratiquement de la même époque que notre autocaravane Nash du même genre et rendait ma décision difficile. J’ai regardé les photographies et ouvert un dossier pour cette caravane que j’ai classé sur mon bureau dans la pile « poursuivre les recherches ».

Extérieur de la caravane restaurée. (Crédit : famille Desjardins)

Extérieur de la caravane restaurée. (Crédit : famille Desjardins)

Je réfléchissais encore aux mérites de la caravane Brantford lorsque sa propriétaire m’a directement appelé en décembre pour savoir si je souhaitais l’acheter. Après lui avoir répondu que je devais approfondir mes recherches avant de pouvoir prendre une décision, je lui ai demandé ce qu’elle savait au sujet de la caravane. Bien que l’anglais soit sa deuxième langue, elle m’a raconté une histoire passionnante et captivante qui m’a obligé à reconsidérer ce que j’avais présumé à propos de la caravane. Grâce aux noms, aux dates et aux détails techniques qu’elle m’a fournis, j’ai commencé à rassembler l’histoire de Brantford et découvert une partie de la richesse et de la complexité de la vie à l’époque de la grande dépression au Canada.

Canada Carriage & Body Co. Ltd était un fabricant bien établi qui avait survécu au déclin du marché de la voiture et à la montée de l’automobile. Cherchant des moyens de diversifier sa ligne de produits pendant les maigres années 1930, il avait acheté la petite entreprise de remorques de Fred Knechtel. Ébéniste doué qui construisait auparavant des meubles radio, M. Knechtel avait décidé de concevoir des remorques pour le marché émergent du tourisme automobile. Canada Carriage a fabriqué les remorques caravanes Brantford pendant quelques années jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale sous la supervision attentive de M. Knechtel.

La caravane Brantford après 50 années d’entreposage. (Crédit : famille Desjardins)

La caravane Brantford après 50 années d’entreposage. (Crédit : famille Desjardins)

Entre-temps, dans Outremont, un riche quartier du grand Montréal, Wallace Anderson MacLaren avait décidé qu’il devait profiter du réseau croissant de routes avoisinantes pour explorer le Canada. Il a acheté la caravane Brantford vers 1937 et au cours des dix années suivantes, a satisfait son goût de l’aventure en prenant la route avec sa famille pour découvrir certains des plus beaux endroits au pays.

La caravane et ses premiers propriétaires. (Crédit : famille MacLaren)

La caravane et ses premiers propriétaires. (Crédit : famille MacLaren)

La famille MacLaren a cessé d’utiliser la caravane en 1949, mais l’a entreposée de manière sécuritaire dans un garage de leur chalet au Lac Louisa dans les Laurentides. La caravane y est demeurée pendant 50 ans jusqu’à ce que les voisins des MacLaren manifestent le désir de la restaurer et de l’utiliser. Lorsque la famille Desjardins a pris possession de la caravane Brantford, elle est non seulement devenue sa propriétaire, mais aussi sa gardienne et, éventuellement, a plaidé sa cause pour qu’elle ait sa place dans notre histoire. En assumant tous ces rôles, elle a maintenu un lien vital avec le passé et m’a aidé à monter un dossier solide pour l’acquisition de cette pièce unique dans l’histoire automobile du Canada.

Mon amie, l’ingénieure Cloé Doucet, au Manitoba, lors d’un travail de remplacement d’un déversoir.

« La femme qui conduit le gros camion ! »

Au fil de mes voyages à travers le Canada — dont le but était d’interviewer des vétérans des secteurs minier, métallurgique et pétrolier —, l’une des questions que j’abordais était celle-ci : « À quel point les femmes ont-elles été présentes (ou absentes) dans votre milieu de travail? » Invariablement, je recevais la même réponse : presque totalement absentes. La plupart des répondants chevronnés déclaraient qu’à l’époque, on ne retrouvait tout simplement pas de femmes dans les écoles de génie. Néanmoins, plusieurs femmes réussissaient à dénicher un poste administratif au sein du monde des ressources naturelles.

Aujourd’hui, lorsque je vais dans les écoles pour m’adresser aux jeunes, ce n’est pas à moi qu’ils veulent parler : c’est à la femme qui conduit le gros camion !

Plus récemment, plusieurs compagnies ont déployé des efforts afin d’augmenter le nombre de femmes qui occupent des postes qualifiés. Eric Newell, ancien directeur général de Syncrude, explique comment la compagnie a mis en œuvre son programme Bridges au milieu des années 90 : un programme qui visait à encourager les travailleuses à faire le saut de leur rôle administratif vers un poste dans un monde majoritairement constitué d’hommes. « Pendant deux semaines, on leur enseignait les métiers techniques, ensuite elles étaient jumelées à un travailleur et, finalement, elles devaient travailler sur un cycle de travail de 28 jours. […] Aucune n’a demandé à reprendre ses anciennes fonctions. En définitive, 25 % de nos conducteurs de camions de 40 tonnes étaient maintenant des femmes (comparativement à 4 % ou 5 % auparavant). Nous avons même reçu le prix Maclean’s du meilleur employeur de l’année. […] Aujourd’hui, lorsque je vais dans les écoles pour m’adresser aux jeunes, ce n’est pas à moi qu’ils veulent parler : c’est à la femme qui conduit le gros camion! »

Perspective au niveau du sol d’un camion lourd et d’une pelle mécanique chez Syncrude. Photo courtoisie de Syncrude Canada Ltd.

Perspective au niveau du sol d’un camion lourd et d’une pelle mécanique chez Syncrude. Photo courtoisie de Syncrude Canada Ltée.

De nos jours, la majorité des jeunes diplômés universitaires sont des femmes, et même si les programmes de génie sont encore reconnus pour leur sous-représentation des femmes, les taux d’inscription ont néanmoins considérablement augmenté. Ainsi, il est moins probable que les femmes choisissent ou obtiennent un emploi dans les domaines des sciences, de la technologie, du génie et des mathématiques. Cette réalité contraste nettement avec la situation de tous les autres domaines d’études ou presque, où les femmes comptent pour la majorité des diplômés. Comment expliquer ce phénomène? Pourquoi les femmes sont-elles moins tentées et moins susceptibles de trouver un emploi dans le secteur des ressources naturelles?

Les parents, les enseignants et les mentors jouent tous un rôle très important pour une jeune femme.

« Assez curieusement, dans le secteur minier, nous n’avons pas réussi… à susciter l’intérêt des femmes envers ce domaine », déclare le Dr Samuel Marcuson, ancien vice-président de Vale. « Lorsque j’ai commencé à travailler, dans les années 1970 et 1980, on retrouvait beaucoup de photos de pin-up et de femmes nues sur les murs. Alors, à cette époque, les femmes qui se joignaient à ce milieu devaient forcément tolérer cela. » Ces comportements ont bel et bien été bannis du lieu de travail, mais, comme l’explique le Dr Marcuson, il aura fallu plusieurs décennies pour que la plupart des compagnies en viennent à les interdire.

 

Mon amie, l’ingénieure Cloé Doucet, au Manitoba, lors d’un travail de remplacement d’un déversoir.

Mon amie, l’ingénieure Cloé Doucet, au Manitoba, lors d’un travail de remplacement d’un déversoir.

Même si les milieux de travail s’efforcent d’être beaucoup plus invitants, des difficultés peuvent tout de même persister. La Dre Mary Wells, doyenne associée et professeure en génie à l’Université de Waterloo, explique que les femmes peuvent être soumises à des microagressions. Il s’agit d’offenses brèves, commises de façon verbale ou physique, parfois non intentionnelles, qui se transforment en affronts. Par exemple, selon la Dre Wells, la « réaction de surprise que reçoit une femme qui déclare à ses collègues qu’elle est ingénieure » en est un exemple. « À la longue, cela peut avoir un effet négatif et débilitant. » Les horaires de travail de plusieurs emplois de l’industrie des ressources naturelles peuvent également faire en sorte qu’il soit difficile pour une femme de passer du temps avec sa famille. En fait, « le taux d’abandon chez les femmes est beaucoup plus élevé en milieu de carrière, […] là où les horaires de travail sont moins souples », d’ajouter la Dre Wells. Sur une note plus positive, certaines entreprises offrent du mentorat et s’adaptent de plus en plus aux besoins des familles. « L’Entreprise CEZinc, par exemple, a instauré une politique qui oblige les employés à terminer les réunions avant 16 h 30 », explique la Dre Wells. L’avenir lui semble prometteur étant donné que les hommes sont de plus en plus engagés dans les obligations familiales. Ainsi, le fait qu’incombent maintenant aux hommes des responsabilités telles que les congés parentaux ou le besoin de terminer le travail plus tôt pour aller chercher les enfants à la garderie a permis de faire comprendre aux employeurs les difficultés qui étaient habituellement l’apanage des femmes.

L’avenir saura nous le dire, mais une influence positive fait son œuvre bien plus tôt, conclu la Dre Wells. « Les parents, les enseignants et les mentors jouent tous un rôle très important pour une jeune femme. »

 

Photo courtoisie de RHiM

Photo courtoisie de RHiM

Remerciements :

Merci mille fois à Eric Newell, Sam Marcuson, Mary Wells et à tous les autres répondants pour leur rigueur et leur candeur. J’aimerais accorder une mention spéciale à ma chère amie Cloé, qui est un exemple dans le domaine.

Image en couverture courtoisie du Conseil des ressources humaines de l’industrie minière (RHiM)

Sources :

Catalyst. 2013. « Catalyst Quick Take: Women in Male-Dominated Industries and Occupations in U.S. and Canada ». New York : Catalyst. (en anglais seulement) http://www.catalyst.org/knowledge/women-male-dominated-industries-and-occupations-us-and-canada

HANGO, Darcy. 2013. « Les différences entre les sexes dans les programmes de sciences, technologies, génie, mathématiques et sciences informatiques (STGM) à l’université. » Regards sur la société canadienne, décembre, produit no 75-006-x au catalogue de Statistique Canada. http://www.statcan.gc.ca/pub/75-006-x/2013001/article/11874-fra.htm

MARCUSON, Sam. 23 juillet 2015. Entrevue avec Sam Marcuson, Projet patrimonial sur l’histoire métallurgique et minière. Toronto, Ontario, en personne (entrevue réalisée par William McRae).

Ressources naturelles Canada. Août 2014. « 10 faits sur les ressources naturelles au Canada ». https://www.nrcan.gc.ca/sites/www.nrcan.gc.ca/files/files/pdf/10_key_facts_nrcan_f.pdf

NEWELL, Eric. 22 avril 2015. Entrevue avec Eric Newell, Projet patrimonial sur l’histoire métallurgique et minière. Edmonton, Alberta, en personne (entrevue réalisée par William McRae).

WELLS, Mary. 6 octobre 2015. Entrevue téléphonique avec Mary Wells, Projet patrimonial sur l’histoire métallurgique et minière (entrevue réalisée par William McRae).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure 5. Ferronnerie à la bibliothèque.

« Entrez au couvent ! » : Trouver l’histoire de la métallurgie dans un monastère

Bien que l’histoire de la métallurgie canadienne soit d’importance nationale, notre collection dans ce domaine est plutôt restreinte. Avant de pouvoir décider quoi collectionner, il me fallait acquérir une meilleure compréhension du sujet. Par conséquent, en juin 2015, je suis allée à la Georg Fischer Iron Library dans le petit village suisse de Schlatt pour y séjourner pendant trois semaines à titre de chercheuse résidente, en vue d’étudier l’histoire de la métallurgie, et le transfert de la technologie entre l’Europe et le Canada.

 

Figure 1. Klostergut Paradies.

Figure 1. Le monastaire de Klostergut Paradies, près du village de Schlatt en Suisse.

 

La Iron Library possède la plus importante collection de livres au monde sur l’exploitation minière et la métallurgie (Figure 1). Elle est située à Klostergut Paradies, un ancien monastère établi par l’Ordre des Pauvres Dames (clarisses) en 1253. En 1918, Georg Fischer AG (GF), un important fabricant de fer, d’acier et de plastique a acheté le couvent avec ses terres agricoles en vue de cultiver des aliments pour les travailleurs de la compagnie. À l’intérieur du monastère, Fischer a découvert une grande bibliothèque de livres portant sur les mines et la métallurgie et, plutôt que de la démanteler, la compagnie a décidé d’investir dans la collection. Aujourd’hui, les ressources documentaires de la bibliothèque sont sans égales dans le monde (Figure 2). Entourée de villes possédant une riche histoire métallurgique, la Iron Library offre un environnement parfait pour étudier le domaine.

 

Figure 2. Bibliothèque et centre de formation de la Georg Fischer Iron Library.

Figure 2. Bibliothèque et centre de formation de la Georg Fischer Iron Library.

 

J’avais un plan de recherche ambitieux pour mon séjour de trois semaines. J’ai commencé en consultant des monographies portant sur l’histoire de la métallurgie en général, et sur l’histoire de la métallurgie européenne. Cela m’a permis de placer les développements au Canada dans un contexte culturel et technologique plus large. Ensuite, j’ai examiné les ressources archivistiques de GF pour déterminer les liens avec les entreprises canadiennes. En fait, la collection archivistique s’est avérée très intéressante. Elle contenait des dossiers sur les turbines Fischer fournies pour les projets Kitimat‑Kemano d’Alcan, les centrales Bersimis d’Hydro‑Québec et la centrale Sir Adam Beck No. 2 d’Hydro-Ontario. J’ai été étonnée de découvrir que, en 1956, le professeur Gérard Letendre qui, selon des chercheurs canadiens, avait conseillé le premier ministre Duplessis de ne pas investir dans l’industrie de l’acier au Québec, avait demandé des capitaux de GF pour un centre de recherche métallurgique au Canada. Les documents montrent également que, lorsque Gordon MacMillan, vice‑président de la Canadian Car Company, avait demandé à visiter les usines de GF en 1956, le dirigeant de GF avait refusé sans ambages, en répondant   cavalièrement qu’il était « enclin à considérer la visite envisagée dépourvue de l’avantage (…) et juge préférable pour [MacMillan] d’annuler votre visite à Schaffhouse. »

 

Figure 3. Turbine Pelton conçue pour le projet Kitimat Kemano d’Alcan en Colombie-Britannique.

Figure 3. Une turbine de type Pelton conçue pour le projet Kitimat-Kemano d’Alcan en Colombie-Britannique.

 

Enfin, j’ai consulté des manuscrits et des publications uniques datant des quinzième au dix‑huitième siècles, contenant des dessins, des clichés et des gravures sur bois, comme L’art d’exploiter les mines de Jean‑François Morand, et Theatrum Machinarum, de Jacob Leupold. Les images que j’ai trouvées ont remis en question mes hypothèses sur les rôles des femmes dans le domaine de l’exploitation minière et de la métallurgie, un sujet que je dois maintenant étudier de façon plus approfondie (Figure 4).

 

Figure 4. (A) Des femmes travaillant dans une mine de charbon au début des années 1700. (B) Cette miniature en ivoire montre des femmes forgeant de l’acier de Damas.

Figure 4. (A) Des femmes travaillant dans une mine de charbon au début des années 1700. (B) Cette miniature en ivoire montre des femmes forgeant de l’acier de Damas.

 

J’ai visité une usine de fer de GF à Singen, en Allemagne, ainsi qu’une usine de plastique à Schaffhouse, en Suisse; j’ai rencontré le personnel de GF et des chercheurs invités venant d’aussi loin que le Népal et le Japon. Pourtant, de façon fortuite, la recherche à la Iron Library a révélé une histoire inattendue de « collection et connexion ». La bibliothèque contenait une collection de Polonica, une documentation sur la métallurgie publiée en Pologne entre les années 1960 et le début des années 1980. Comment la Iron Library était‑elle parvenue à acquérir une telle collection? Comme l’a révélé la correspondance archivistique, au début des années 1960, la bibliothèque avait fait des démarches auprès de l’Académie des mines et de la métallurgie, à Cracovie, lui demandant de l’aide pour acquérir des publications produites en Pologne, communiste à l’époque, qui n’étaient pas disponibles à l’étranger.

 

Pourtant, de façon fortuite, la recherche à la Iron Library a révélé une histoire inattendue de « collection et connexion ».

 

L’un des professeurs, M. Jerzy Piaskowski, qui possédait une collection privée sur l’histoire de la métallurgie, a accepté avec enthousiasme de fournir des livres et des revues en échange de matériel publié en Europe occidentale. À l’époque, comme Piaskowski a expliqué dans l’une de ses lettres, c’était la seule façon que des livres de l’Ouest pouvaient se rendre à un chercheur à partir du bloc communiste. M. Piaskowski a produit des bibliographies manuscrites, qu’il a postées à la Iron Library. Le personnel de la Iron Library procéderait à une sélection et retournerait les bibliographies à M. Piaskowski. Ce dernier a ensuite acheté les livres et les a envoyés à la Iron Library, accompagnés d’une liste de publications qu’il désirait recevoir en retour, de valeur équivalente à son envoi. Cette coopération a duré pendant près de deux décennies. À un moment donné, au milieu des années 1960, la Iron Library a invité M. Piaskowski pour une visite. Il a répondu de façon diplomate – pour ne pas offenser les examinateurs à la censure et mettre en péril ses communications futures avec la Iron Library – qu’il était impossible pour lui de voyager à l’extérieur de la Pologne. Lorsque le personnel de la Iron Library a changé et que les politiques sur les collections sont devenues plus pragmatiques au début des années 1980, le nouveau bibliothécaire a donné à entendre, dans l’une des dernières lettres adressées à M. Piaskowski, que les livres en polonais n’étaient pas utiles pour la clientèle de la Iron Library. « Peut‑être que, présentement, il n’y a personne qui peut lire mes documents » – a répondu M. Piaskowski – « mais il y en aura à l’avenir ». J’aimerais pouvoir lui dire qu’il avait raison.

 

Figure 5. Ferronnerie à la bibliothèque.

Figure 5. Ferronnerie à la bibliothèque.

 

Ressources :

Catalogue de la Eisenbibliothek, Schlatt

Remerciements :

J’aimerais remercier la Georg Fischer Iron Library Foundation pour son généreux soutien à l’égard du programme de chercheurs en résidence. Le merveilleux personnel de la Iron Library : Franziska, Florian et Uta, ont rendu mon séjour vraiment spécial.

Figure 1. « Wake Up Call », de Robert Bailey, 2001. Ouvre autographiée ayant appartenu à John Colton.

Wake Up Call : Rencontres entre le pilote d’un Typhoon et celui d’un Focke-Wulf

En 2014, le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada a eu le privilège de recevoir un prêt du Royal Air Force Museum d’Angleterre : le seul Hawker Typhoon encore existant. Le Typhoon est un avion unique et impressionnant de la Seconde Guerre mondiale. Piloter un Typhoon pouvait aussi être très dangereux. Bien sûr, c’est toujours dangereux de piloter un avion en temps de guerre, mais le Typhoon a fait des choses un peu plus difficiles que d’autres. Sa conception et son moteur étaient problématiques. On y a apporté des centaines de modifications durant les deux à trois premières années de son existence. En vol, le Typhoon s’apparentait aussi beaucoup au Focke-Wulf Fw 190 allemand et était souvent la cible de tirs amis, et ce, même avant d’engager un vrai combat !

 

 

Figure 1. « Wake Up Call », de Robert Bailey, 2001. Ouvre autographiée ayant appartenu à John Colton.

Figure 1. « Wake Up Call », de Robert Bailey, 2001. Oeuvre autographiée ayant appartenu au capitaine John Colton.

 

 

Il va sans dire que j’ai énormément de respect pour les pilotes de Typhoon. J’ai donc été très touché quand un homme appelé John Colton m’a appelé de Sherbrooke, au Québec, pour me dire qu’il souhaitait faire don de quelques objets et photographies appartenant à son père, le capitaine d’aviation John Colton (1923 – 2013), qui avait été pilote d’un Typhoon. C’est toujours un honneur pour nous de préserver et d’exposer des biens se rattachant aux vétérans canadiens, et ce l’est particulièrement dans ce cas, puisque notre collection renferme peu d’artefacts illustrant l’expérience des pilotes canadiens de Typhoon.

 

 

Figure 2. Le capitaine d’aviation John Colton et son Hawker Typhoon. Squadron 137 de la Royal Air Force (RAF), Manston, Angleterre, juillet 1944.

Figure 2. Le capitaine d’aviation John Colton et son Hawker Typhoon. Squadron 137 de la Royal Air Force (RAF), Manston, Angleterre, juillet 1944.

 

 

Colton a dit qu’il avait pensé à nous parce que c’est à nous qu’on avait prêté le Typhoon. Je l’ai invité à nous transmettre des photos des objets en question, mais il a préféré venir me montrer les objets lui-même. C’est un homme merveilleux, aimable et manifestement très fier du travail accompli par son père durant la Seconde Guerre mondiale.

 

J’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir l’histoire de John Colton.

 

 

Colton a dit qu’il avait pensé à nous parce que c’est à nous qu’on avait prêté le Typhoon. Je l’ai invité à nous transmettre des photos des objets en question, mais il a préféré venir me montrer les objets lui-même. C’est un homme merveilleux, aimable et manifestement très fier du travail accompli par son père durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Comme je l’ai mentionné, le Typhoon était, au dire de tous, un avion difficile à piloter. Si je me fie à ce que j’ai lu à ce sujet, le Typhoon ne laissait personne indifférent – on l’aimait ou on le détestait. John Colton était de ceux qui l’aimaient. En moyenne, les pilotes de Typhoon ont fait 26 sorties (ou missions) – il en a fait 75! John Colton a servi au sein de l’escadron no 137 de la Royal Air Force et participé à plusieurs missions importantes pendant les deux dernières années de la guerre, soit l’opération Overlord, l’opération Market Garden, la Bataille des Ardennes et l’opération Bodenplatte. Si son nom n’est pas très connu, contrairement à George Frederick « Buzz » Beurling, le célèbre pilote de Spitfire, il n’en demeure pas moins un pilote remarquable et un homme tout aussi remarquable.

 

 

Figure 3. A) L’uniforme que portait le capitaine Colton, accompagné des diverses médailles qui lui ont été décernées, dont la Médaille du jubilé de la reine Élisabeth en 2012. B) John Colton posant devant son Hawker Typhoon. C) Un petit échantillon de la collection de photographies de John Colton, parmi ses carnets sur le Typhoon et son célèbre moteur, le Napier Sabre.

Figure 3. A) L’uniforme que portait le capitaine Colton, accompagné des diverses médailles qui lui ont été décernées, dont la Médaille du jubilé de la reine Élisabeth en 2012. B) John Colton posant devant son Hawker Typhoon. C) Un petit échantillon de la collection de photographies de John Colton, parmi ses carnets sur le Typhoon et son célèbre moteur, le Napier Sabre.

 

 

Le 1er janvier 1945 marqua le début de l’opération Bodenplatte, une opération de la Luftwaffe visant à détruire des avions alliés basés en Belgique et aux Pays-Bas. Boesch pilotait l’un des appareils Fw 190 qui attaquèrent la base de Colton ce matin-là, tuant l’un de ses bons amis et détruisant de nombreux avions Typhoon au sol. Celui de Colton a été l’un des seuls à ne pas subir de dommages durant l’attaque.

 

 

A.A. position at Arnheim attacked. Bags of heavy and light flak!!!

∼ capitaine d’aviation John Colton, le 16 septembre 1944.

 

 

Les deux hommes se sont en quelque sorte liés d’amitié. Ils n’étaient pas particulièrement proches, mais à partir de ce jour, Boesch n’a cessé d’appeler Colton le 1er janvier de chaque année. Les deux ont aussi contribué à la réalisation d’une œuvre de l’artiste peintre Robert Bailey, chacun relatant de son point de vue les événements de cette journée. Une reproduction autographiée et encadrée de l’œuvre intitulée Wake Up Call! est l’un des objets dont M. Colton a fait don au Musée. Chaque fois que je la regarde, je pense aux liens étranges et précaires qui unissaient ces deux homes.

 

 

Figure 4. Pages tirées du carnet de route du capitaine John Colton, dans lequel il a tenu la chronique de ses missions jusqu’à septembre 1944.

Figure 4. Pages tirées du carnet de route du capitaine John Colton, dans lequel il a tenu la chronique de ses missions jusqu’à septembre 1944.

 

 

Les objets et les photographies dont M. Colton nous a fait don sont magnifiques en soi, mais je dois dire qu’ils prennent une dimension toute particulière quand vous pouvez établir cette connexion avec la personne à qui ils appartenaient. Après tout, que serait l’histoire sans personne pour la raconteur?

 

 

Pour de plus amples renseignements du service de guerre du Capitaine John Colton.

 

Typhoon Johnny : Vole en rase-motte avec le pilote de chasse canadien Johnny Colton

Pierre Lapprand, Les ailes d’époques du Canada

 « Je pouvais sentir l’odeur de la mort à 1 000 pieds »

Joanna Calder, Aviation royale canadienne.

 

Références :

 

Joanna Calder, « Je pouvais sentir l’odeur de la mort à 1 000 pieds », Aviation royale canadienne, 1er novembre, 2013.

http://www.rcaf-arc.forces.gc.ca/fr/nouvelles-modele-standard.page?doc=je-pouvais-sentir-l-odeur-de-la-mort-a-1-000-pieds/hnho59ht

 

Hugh Halliday, Typhoon and Tempest: The Canadian Story

 

Pierre Lapprand avec Dave O’Malley, Michel Côté, et John Baert, Typhoon Johnny : Vole en rase-motte avec le pilote de chasse canadien Johnny Colton, Les ailes d’époques

http://www.vintagewings.ca/VintageNews/Stories/tabid/116/articleType/ArticleView/articleId/418/Johnny-Typhoon.aspx

 

Arthur Reed, Typhoon and Tempest at War

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Plastiques instables : Défis au chapitre de la conservation des collections muséales

Les plastiques sont tellement ancrés dans vos vies qu’on n’y pense même pas sauf quand on cherche le symbole de produit recyclable. Les musées, cependant, doivent y prêter une attention toute particulière, puisqu’ils comportent des défis de taille constants sur le plan de la collecte et de la preservation (Figure 1).

 

« La préservation des plastiques est une préoccupation croissante chez les restaurateurs en raison de l’instabilité de certaines matières ».

 

 

Figure 1. Dans les entrepôts de la Société des musées de sciences et de technologie du Canada, beaucoup de petits objets fabriqués à partir des premières matières plastiques sont entreposés à des températures froides et constantes dans une pièce prévue à cette fin.

Figure 1. Dans les entrepôts de la Société des musées de sciences et de technologie du Canada, beaucoup de petits objets fabriqués à partir des premières matières plastiques sont entreposés à des températures froides et constantes dans une pièce prévue à cette fin.

 

Le premier plastique synthétique a été breveté en 1865; l’année 2015 marque donc les 150 ans du plastique. Nous collectionnons des objets de plastique non pas pour présenter des exemples des matières plastiques mêmes, mais pour rappeler que le plastique représente une part importante de l’histoire du Canada sur le plan technologique et social (Figure 2). Le caoutchouc a été l’une des premières matières plastiques à voir le jour; il n’est donc pas difficile d’imaginer la quantité d’objets de caoutchouc que compte une collection d’artefacts technologiques – pneus, chambres à air, joints et bagues d’étanchéité, tapis de plancher, toiles, câbles, élastiques… il y en a partout.

 

 

Figure 2. (A) La friabilité causée par la dégradation de l’acétate de cellulose est nettement visible sur cette poignée appartenant à un véhicule Town and Country de marque Chrysler datant de 1948. (B) La dégradation du nitrate de cellulose est visible sur l’embout de cette pipe. (C) Dégradation de l’ébonite sur un stéthoscope datant du XIXe siècle. (D) Signes de dégradation du caoutchouc sur ce masque à gaz de la Grande Guerre, causée par une exposition à l’oxygène et à la lumière.

Figure 2. (A) La friabilité causée par la dégradation de l’acétate de cellulose est nettement visible sur cette poignée appartenant à un véhicule Town and Country de marque Chrysler datant de 1948. (B) La dégradation du nitrate de cellulose est visible sur l’embout de cette pipe. (C) Dégradation de l’ébonite sur un stéthoscope datant du XIXe siècle. (D) Signes de dégradation du caoutchouc sur ce masque à gaz de la Grande Guerre, causée par une exposition à l’oxygène et à la lumière.

 

 

La préservation des plastiques est une préoccupation croissante chez les restaurateurs en raison de l’instabilité de certaines matières. Beaucoup d’études sont menées à ce sujet en Europe, la plupart portant sur l’utilisation du plastique dans les œuvres d’art et les objets décoratifs. Le projet PoPArt est un bel exemple. La présence du plastique dans les collections d’artefacts technologiques suscite beaucoup moins d’intérêt et c’est ce qui nous préoccupe. En 2010, l’Association canadienne pour la conservation et la restauration des biens culturels a parrainé un atelier auquel ont participé d’éminents spécialistes canadiens, dont Scott Williams et Julia Fenn. Cet atelier portait sur le plastique dans la collection de la Société des musées de sciences et technologies du Canada.

 

Figure 3. (A) La coloration formée par la résine urée-formaldéhyde sur les pièces moulées de ce téléphone à cadran de marque Philco est bien visible. (B) Cet échantillon d’un des premiers câbles télégraphiques sous-marins, isolé de gutta-percha, est en fait remarquablement bien conservé.

Figure 3. (A) La coloration formée par la résine urée-formaldéhyde sur les pièces moulées de ce téléphone à cadran de marque Philco est bien visible. (B) Cet échantillon d’un des premiers câbles télégraphiques sous-marins, isolé de gutta-percha, est en fait remarquablement bien conserve.

 

 

Pourquoi sommes-nous préoccupés par les matières plastiques dans notre collection? Parce que nous en voyons partout. Le plastique est sans doute la matière qui a eu la plus grande incidence sur l’électrification du monde, ayant permis la production de câbles (dont le câble transatlantique de 1854 à 1858, puis de 1865 à 1866), de matériaux isolants et de pièces moulées destinées à des produits de consommation, comme les récepteurs téléphoniques. Notre collection sur les transports renferme une panoplie de pneus de caoutchouc, ainsi que des volants en plastique, des poignées et des lunettes de sécurité (munies d’une couche de plastique intercalée entre deux lamelles de verre), un tableau de bord moulé, des panneaux intérieurs, des raccords et des revêtements de vinyle. L’aviation utilise des matières plastiques semblables. Le plastique est en fait l’une des grandes avancées technologiques des années séparant la Première et la Deuxième Guerre mondiale ayant donné lieu à d’importantes innovations dans le secteur de la construction d’aéronefs durant cette période. Sur le plan de la conception, le plastique – combiné à notre capacité de mouler des pièces complexes – est à l’origine de la création d’objets décoratifs qui sont devenus des icônes du XXe siècle, dont des radios, des lampes, des téléphones, des meubles et des accessoires de mode.

 

 

Le plastique est une matière fascinante. Nous sommes énormément redevables aux premiers pionniers du secteur chimique, dont les réalisations ont permis qu’il soit omniprésent dans nos vies aujourd’hui.

 

 

Figure 4. La friabilité.

Figure 4. La friabilité.

 

 

 

À quoi ressemble le plastique qui se détériore? Il devient friable (Figure 4), collant, présente des altérations en surface ou change de couleur. Certaines matières plastiques (comme le nitrate de cellulose) libèrent un gaz invisible qui, en présence d’humidité, peut former de l’acide sur les surfaces adjacentes, ce qui entraînera la désintégration des composés organiques et la corrosion des métaux. Le nitrate de cellulose dont sont composés les boutons d’un vieux vêtement, par exemple, finira par trouer le tissu et détériorer toutes les pièces de métal décoratives ou tiges des boutons. On devrait donc les retirer et les entreposer séparément, même si cela vous brise le cœur.

 

 

 

 

La Division de la conservation et de la collection est chargée de prendre soin de la collection nationale de la Société des musées de sciences et technologies du Canada, en assurant la pérennité des artefacts, leur préservation et leur hébergement.

 

 

 

 

 

Alyssum 1

Le jardin de nickel : Les aventures d’un spécialiste de l’histoire orale

Lorsqu’on leur demande d’où proviennent les métaux comme le nickel, la plupart des gens disent qu’ils se trouvent dans les mines. De toute évidence, c’est un métal qu’on doit extraire du sol. Et si je vous disais que le nickel pouvait être cultivé? Et si, au lieu d’extraire le minerai de nickel du sol, vous pouviez le faire pousser et le récolter chaque année? J’étais légèrement sceptique moi aussi, jusqu’à ce que j’aie le plaisir de discuter avec M. Bruce Conard, Ph. D., l’homme derrière cette initiative non traditionnelle visant à nettoyer le sol de surface d’une petite municipalité en Ontario.

 

Né à St-Louis, au Missouri, c’est peu après avoir reçu son doctorat en chimie physique de l’Iowa State University que M. Conard s’est joint à l’équipe de la société Inco (International Nickel Company). Au début, il a travaillé dans les laboratoires de Mississauga où il a cumulé des années d’expérience variée en pyrominéralurgie, électrochimie et hydrométallurgie qui l’ont éventuellement mené au poste de directeur de recherche sur les méthodes. Son travail le plus remarquable est survenu par la suite, lorsqu’il est devenu vice-président des sciences de l’environnement et de la santé au sein de la société. Grâce à sa vaste expérience en métallurgie, la principale tâche de M. Conard était d’étudier les effets ou les impacts des métaux sur l’environnement composé d’écosystèmes, d’animaux, de gens et de travailleurs au sein de l’entreprise. Même si une grande partie de son travail visait à rendre le milieu de travail plus sain et l’environnement plus sûr, il s’est souvent retrouvé à évaluer les risques des métaux en espérant mieux informer les organismes extérieurs et le public en général à ce sujet. Un des événements marquants de sa carrière est survenu en 2001, lorsque les citoyens de Port Colborne ont déposé un recours collectif contre Inco après avoir découvert que les premières activités de la raffinerie locale avaient pollué la surface du sol avec des niveaux élevés de nickel, de cuivre et de cobalt.

Alysson, Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

Alysson, Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

À la fin de la guerre en 1918, le gouvernement du Canada et les alliés avaient fait pression sur Inco pour qu’elle construise sa raffinerie à Port Colborne. Son emplacement à côté du lac Érié faciliterait le transport du nickel vers les États-Unis et l’Europe de l’Ouest. « Il n’y avait pas de nickel à Port Colborne, il fallait le faire venir de Copper Cliff (Sudbury). Pendant des années, le déchargement du nickel qui arrivait ainsi que la façon dont nous le raffinions ont fait pas mal de poussière », relate Conard. « Et la poussière s’envolait par la cheminée et se mêlait aux vents dominants avant de retomber au sol. Il y a plusieurs terres résidentielles et agricoles à Port Colborne ».

 

Après plusieurs années d’évaluation du risque effectué par Inco et le ministère de l’Environnement de l’Ontario, M. Conard a énoncé publiquement que les exploitations initiales d’Inco avaient été en cause. Les gens de Port Colborne ont donc décidé de déposer un recours collectif, mais l’évaluation avait également déterminé que les métaux dans le sol ne posaient pas de risque considérable pour l’environnement ni pour la population locale. Le recours collectif s’est poursuivi sur le motif que les concentrations élevées de nickel diminuaient la valeur marchande des propriétés dans le secteur. Une longue bataille devant les tribunaux s’ensuivit et le juge trancha qu’Inco devait payer 36 millions de dollars aux propriétaires des terres. Inco a ensuite porté la cause en appel et la Cour d’appel de l’Ontario a infirmé la décision de la cour inférieure estimant qu’il n’y avait aucune preuve de dévaluation des propriétés. De plus, la raffinerie Inco s’était conformée à toutes les lois réglementaires environnementales et gouvernementales en vigueur à ce moment; celles-ci étaient malheureusement très différentes avant les années 1960.

 

« Nous avons même testé une tonne de cendre accumulée après l’incinération de la biomasse récoltée en la mettant dans les convertisseurs pour récupérer le nickel. Au lieu du maïs, nous faisions pousser du nickel ! »

∼ M. Bruce Conard

 

« L’héritage des métaux dans le sol nous préoccupe toujours aujourd’hui », explique Conard, qui a travaillé sur le problème pendant près d’une décennie pour essayer d’éliminer le plus de présence de nickel possible. « J’avais le rêve […] qu’Inco absorbe tout le nickel présent dans le sol […] et qu’il le mette dans des convertisseurs pour le récupérer ». Mais que voulait-il dire exactement par « absorber » tout le nickel présent dans le sol? « Je voulais utiliser des plantes hyperaccumulatrices », m’a-t-il expliqué, « des plantes (des alyssons) qui adorent accumuler du nickel dans leur biomasse. »

 

Il a travaillé avec des chercheurs du Département de l’agriculture des États-Unis qui ont sélectivement élevé différents types de plantes hyperaccumulatrices pour maximiser en quantité et en rapidité la prise de nickel. « Ils ont amélioré certains génotypes des plantes que nous avons testés dans les sols de Port Colborne », explique Conard. « Nous avons même testé une tonne de cendre accumulée après l’incinération de la biomasse récoltée en la mettant dans les convertisseurs pour récupérer le nickel. Et cela a fonctionné! » s’exclama-t-il. « Au lieu du maïs, nous faisions pousser du nickel ! »

 

 

Test de plantes alysson dans un champ de Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

Test de plantes alysson dans un champ de Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

Cette technique d’acquisition du nickel pourrait être utilisée dans les sols où la concentration de nickel est trop faible pour qu’il soit économiquement viable de l’exploiter par l’entremise d’une mine. Ce serait aussi une technique beaucoup moins envahissante pour récupérer les métaux. De plus, cette manière permettrait de reverdir les mines épuisées tout en continuant d’extraire de petites quantités de nickel. Conard a envisagé l’exportation de cette technique de remédiation par les plantes dans les pays plus chauds comme l’Indonésie. « On peut obtenir trois saisons par année là-bas grâce au climat. […] Elle serait également une bénédiction sociale, car les agriculteurs de subsistance pourraient faire plus d’argent à faire pousser du nickel qu’à faire pousser n’importe quoi d’autre », explique Conard. Son équipe s’est rendue à l’étape de tester l’alysson en Indonésie en s’assurant que la plante ne serait pas envahissante dans un pays étranger. « C’est à peu près au moment où j’ai pris ma retraite et malheureusement, plus rien n’a été fait par la suite », explique Conard.

 

À ce jour, quelques autres pays comme les États-Unis et la France ont étudié l’alysson et ont fait des expériences, mais personne ne semble avoir dépassé la phase expérimentale de la culture des métaux. Grâce aux recherches disponibles, nous pouvons conclure qu’il y en a encore trop à apprendre au sujet de la plante, de sa phase de cueillette optimale et de sa prédisposition à l’envahissement dans certaines régions. « J’ai toujours un rêve illusoire à ce sujet », confesse Conard, « mais ces projets-là doivent être gérés par un champion ». Peut-être que le rêve a simplement besoin d’un nouveau Bruce Conard.

 

M. Bruce R. Conard, Ph. D., vice-président, Sciences de l’environnement et de la santé, Inco Limited. Photo courtoisie de Bruce Conard.

M. Bruce R. Conard, Ph. D., vice-président, Sciences de l’environnement et de la santé, Inco Limited. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

Remerciement :

Merci Bruce, d’avoir pris le temps de me rencontrer. La passion et la fierté que vous avez pour votre travail étaient palpables en votre présence et ont rendu l’entrevue très captivante.

 

Sources :

Conard, Bruce. Entrevue avec Bruce Conard, Projet « Échos » de l’histoire de la métallurgie et des mines, 23 août 2015. Toronto, Ontario, en personne (William McRae)

Werniuk, Jane. « Cleaning Up a Community ». Canadian Mining Journal. 6 juin 2004. http://www.canadianminingjournal.com/news/cleaning-up-a-community/1000156424/

Bowal, Peter et Sean Keown. « Nickel Shower : An Environmental Class Action ». Law Now. 28 février 2013. http://www.lawnow.org/environmental-class-action/

 

 

 

 

 

Nos examens et nos discussions se sont déroulés dans un espace public passablement occupé. Plusieurs visiteurs présents venaient du vaste complexe hospitalier de Manipal, voisin du musée.

Université d’été en Inde

Du 20 au 24 juillet, j’étais l’un des professeurs chargés d’un cours d’été inspirant et stimulant au Manipal Center for Philosophy and Humanities (MCPH) en Inde (co- organisé par le projet Cosmopolitanism and the Local in Science and Nature). Des étudiants diplômés venant de partout en Inde s’étaient réunis pour une semaine pour étudier le thème « Objets scientifiques et cosmopolitisme numérique ». Nous écartant du format traditionnel du séminaire, Varun Bhatta (MCPH), Roland Wittje (IIT Chennai) et moi-même avons organisé une visite au Musée d’anatomie et de pathologie de la faculté de médecine de l’Université de Manipal. Le musée sert principalement à l’enseignement de la médecine, mais il joue un rôle de plus en plus important pour l’éducation et la sensibilisation des habitants de la région.

Les participants examinent un spécimen dans la section consacrée au système nerveux central.

Les participants examinent un spécimen dans la section consacrée au système nerveux central.

Nous nous sommes séparés en six groupes pour examiner et commenter les objets exposés. Chaque groupe a procédé à un examen critique basé sur des questions ou des directives précises, par exemple « analyser les biais dans les expositions », « noter les réponses personnelles » « analyser les éléments locaux et cosmopolites d’un spécimen ou d’un objet exposé », « proposer d’autres sujets d’exposition » et « analyser les processus – techniques et culturels – ayant contribué à la production de l’objet final ».

J’étais plutôt nerveux à l’idée d’offrir cette séance avec des spécimens humains, moi qui étais plus habitué à utiliser des artéfacts conçus avec intention et fabriqués de métal, de bois, de verre et de plastique. Est-ce que les étudiants seraient en mesure de « disséquer culturellement » les spécimens dans le contexte scientifique apparemment étanche de l’exposition?

Préparation, choix, outils et techniques – un spécimen de cœur comme artéfact culturel.

Préparation, choix, outils et techniques – un spécimen de cœur comme artéfact culturel.

Les groupes ont fait des critiques brillantes (tout ça en 30 minutes), qui allaient bien au-delà du thème médical du musée. Les étudiants ont soulevé un certain nombre de questions relatives à la traduction (entre l’anglais et le kannada) pour des termes comme « monstre » dans l’énoncé « monstre anencéphalique », des préoccupations éthiques concernant la source des spécimens – des corps non réclamés qu’on retrouve en abondance à Manipal – et les répercussions de l’organisation et de l’exposition des spécimens comme des œuvres d’art; des questions culturelles au sujet du choix et de la présentation de certains thèmes et objets ainsi que de l’absence de mention ou de présentation des outils et des techniques utilisés pour préparer les spécimens; des questions au sujet des étiquettes, de la langue et de l’auditoire (les panneaux les plus grands étaient tous en anglais), des choix – techniques et culturels – qui avaient rendu notre rencontre possible. Ils ont abordé les notions d’objectivité dans la formation médicale et la pratique de la médecine et ont relevé des thèmes relatifs au sexe des spécimens dans toute l’exposition.

Nos examens et nos discussions se sont déroulés dans un espace public passablement occupé. Plusieurs visiteurs présents venaient du vaste complexe hospitalier de Manipal, voisin du musée.

Nos examens et nos discussions se sont déroulés dans un espace public passablement occupé. Plusieurs visiteurs présents venaient du vaste complexe hospitalier de Manipal, voisin du musée.

Remarquablement, nous avons rapidement analysé les spécimens et les objets exposés en procédant à une observation attentive, en posant des questions et en utilisant plusieurs points de vue. L’Inde dispose de vastes collections d’instruments scientifiques, de spécimens et d’archives inexplorées. Ces collections offrent un potentiel incroyable pour ce type d’exploration ouverte de groupe, qui permet de créer de nouvelles approches en matière d’enseignement, de recherche et de préparation d’expositions.

Fabriqué localement v. 1950? Plusieurs de ces modèles anatomiques en bois et en plâtre étaient présentés. Ils étaient tous identiques, mais présentaient différents systèmes anatomiques.

Fabriqué localement v. 1950? Plusieurs de ces modèles anatomiques en bois et en plâtre étaient présentés. Ils étaient tous identiques, mais présentaient différents systèmes anatomiques.

Photo 5 : Contenant de cachets de mission et d’étiquettes d’expédition.

Notes de Terrain: La science en contexte de microgravité

Quelle est la nature de la science que l’on pratique dans un contexte de microgravité? L’instrumentation est simple, bien conçue et robuste. Un plus profond regard nous montre que cette élégance expérimentale s’appuie sur des années de préparation, de conception, de fabrication des équipements et de mises à l’essai. Comment pouvons-nous trouver la science dans cette prodigieuse entreprise et en constituer une collection?

Photo 1 : L’historien de l’espace Jordan Bimm examine une caisse d’instruments à l’entrepôt de l’Agence spatiale canadienne.

Photo 1 : L’historien de l’espace Jordan Bimm examine une caisse d’instruments à l’entrepôt de l’Agence spatiale canadienne.

Au cours des deux dernières années, Michel Labrecque et moi avons fait plusieurs reprises à l’entrepôt de l’Agence spatiale canadienne (ASC) à Saint-Hubert, au Québec. Nous recueillons des instruments scientifiques de l’ère des navettes qui s’étend de 1981 à 2011, de même que ceux qui ont servi aux expériences du Canada dans la Station spatiale internationale (SSI). Nous avons examiné le contenu de nombreuses caisses d’équipement, de fournitures, de documents et d’instruments issus de cette époque. Ce faisant, j’ai acquis une plus grande appréciation de la pratique de la science dans l’espace et des processus scientifiques en général.

Photo 2 : Des dizaines de contenants pour poissons zèbres et d’aquariums fabriqués pour l’unité aquatique de recherche (ARF), 1996.

Photo 2 : Des dizaines de contenants pour poissons zèbres et d’aquariums fabriqués pour l’unité aquatique de recherche (ARF), 1996.

Photo 3 : Journaux de bord de l’ARF

Photo 3 : Journaux de bord de l’ARF

Les instruments dont nous avons fait l’acquisition relèvent de plusieurs disciplines, de la botanique à la physiologie, en passant par la science des matériaux. Une importante variable commune les relie toutefois : ils ont été conçus pour être utilisés dans des conditions de microgravité. Il faut des années de mises à l’essai et de conception, de fabrication de précision, de reproduction d’équipements, ainsi que nombre de vérifications de la conformité, une bonne source de financement et… un astronef pour pouvoir profiter de cette ressource d’expérimentation unique.

Photo 4 : Essai sur le signe d’Hoffmann

Photo 4 : Essai sur le signe d’Hoffmann

La recherche scientifique fondamentale à son meilleur se retrouve au cœur de toutes ces préparations. Lorsque j’ai interrogé le scientifique Doug Watt de l’Université McGill au sujet de son travail dans l’espace, il a indiqué que sa règle de base consistait à « réaliser l’essai de la manière la plus simple possible et à procéder à un grand nombre de tests dans toutes sortes de circonstances ». Watt, directeur scientifique de nombreux essais canadiens réussis dans l’espace, était conscient qu’il était impossible pour tous d’obtenir une place pour passer du temps dans la navette ou la Station spatiale internationale. Alors que plus d’une équipe scientifique a eu à composer avec des défaillances d’équipement, Watt a réussi à obtenir des données de chacune de ses expériences. « Dans l’espace, dit-il, tout ce que vous obtenez est nouveau. » Cependant, il faut s’assurer que l’équipement fonctionne, et ce n’est pas facile. L’un de ses essais parmi les plus remarquables portait sur le signe de Hoffmann qui étudiait l’excitabilité de la moelle épinière dans le contexte de l’adaptation des humains à la transition de la Terre à l’espace et inversement.

Lorsque j’ai communiqué avec Walter Kucharski, le fabricant d’un bon nombre des instruments du programme de Watt à l’Université McGill, il a immédiatement signalé qu’il appréciait la capacité qu’avait ce chercheur de maintenir une simplicité dans ses essais et de poser des questions accessibles. La conception de ses instruments traduisait ce principe. La planification, les mises à l’essai et la production d’un ensemble d’instruments se sont étendues sur des années. Fait surprenant, un grand nombre de ces instruments destinés à l’espace n’ont pas vraiment un aspect « avant-gardiste ». Kucharski favorisait des technologies des générations antérieures qui n’étaient pas aussi « actuelles », mais qui avaient fait leurs preuves. Pour Kucharski, la réussite de l’équipe de Watt provenait en grande partie de la collaboration étroite avec les astronautes lors de leur formation, et de l’écoute active de leurs commentaires.

Photo 5 : Contenant de cachets de mission et d’étiquettes d’expédition.

Photo 5 : Contenant de cachets de mission et d’étiquettes d’expédition.

Des marques évidentes d’utilisation sur les instruments et les contenants prennent la forme de cachets de mission, d’inscriptions et d’indications liées à la logistique de transport, de consignes de sécurité élaborées, de vérifications et chaînes d’approvisionnement du matériel et des pièces, de numéros de mission, et d’étiquettes d’étalonnage et de contrôle de la qualité. Les matériaux, feuilles métalliques, velcro et plastique, datent de l’ère spatiale qui a débuté vers 1970 et s’est prolongée jusqu’à 2010, et des boîtes et des instruments se dégage une odeur de fournitures suremballées.

Photo 6 : Luc Lefebvre trouve, profondément enseveli dans une caisse de pièces, un sac contenant un élément de petite taille, mais extrêmement important de l’expérience relative au syndrome d’adaptation spatiale réalisée en 1992.

Photo 6 : Luc Lefebvre trouve, profondément enseveli dans une caisse de pièces, un sac contenant un élément de petite taille, mais extrêmement important de l’expérience relative au syndrome d’adaptation spatiale réalisée en 1992.

Un de mes guides à l’entrepôt de l’ASC était Luc Lefebvre, un ancien ingénieur de projet de l’Agence spatiale canadienne qui avait participé aux expériences de l’équipe de Watt avant son entrée en poste à Saint-Hubert. Nous avons discuté de la manière dont la conception de l’équipement devait tenir compte des conditions particulières de la science dans l’espace. « Il faut prévoir que la science s’effectue hors de votre présence et de celle de votre étudiant diplômé, de déclarer Luc Lefebvre. Il s’agit de science en « mode expéditionnaire ». Les instruments et leur cycle complet de fonctionnement doivent être extrêmement résistants. Vous n’aurez probablement pas une deuxième chance de reprendre le tout. »

Les concepteurs des expériences et des instruments ne font pas que façonner l’équipement; ils sont les maîtres de la gestion du temps, de la sécurité et de l’espace. Pour Lefebvre, le temps de travail avec l’équipe d’astronautes constituait une ressource précieuse. Les équipements devaient être conçus pour réduire au minimum les complications, tout en tenant compte des calendriers de lancement et autres contraintes de temps. Ceci était particulièrement important pour les expériences dans le domaine des sciences de la vie, comme celles de l’unité aquatique de recherche (ARF) qui reposaient sur des dizaines de microaquariums contenant des organismes en croissance.

 

Photo 7 : Plateau d’instruments pour l’expérience sur le signe de Hoffmann (2001), conçu pour une interaction efficace entre les astronautes et une exécution impeccable de leur part.

Photo 7 : Plateau d’instruments pour l’expérience sur le signe de Hoffmann (2001), conçu pour une interaction efficace entre les astronautes et une exécution impeccable de leur part.

Certains plateaux d’instruments offraient un aspect que l’on obtiendrait de la fusion d’IKEA avec Apple : une conception simple donnait lieu à une exécution impeccable. Lefebvre a formulé le commentaire suivant : « Vous devez vous servir de votre imagination pour visualiser comment les astronautes vont interagir avec les instruments ». Même des interventions comme d’ouvrir ou de faire glisser une fermeture peuvent devenir compliquées en microgravité. Par exemple, les loquets devraient probablement être conçus pour s’ouvrir d’une seule main par pincement. L’ouverture typique qui consiste à pousser ou tirer en appliquant une certaine force exigerait que l’astronaute se serve de son autre main pour s’agripper à la structure de soutien.

Remerciements :

Nous aimerions transmettre nos plus sincères remerciements à toutes les personnes qui nous ont accueillis, Michel Labrecque et moi-même, durant nos visites de recherche et de préparation à l’entrepôt de l’ASC. Merci également à Luc Lefebvre pour son rôle de guide principal dans notre exploration de cette collection, sans oublier Patrice Alary, Jean-Denis Bisson et Réjean Lemieux qui nous ont consacré de leur temps à nous aider dans l’entrepôt de l’ASC. Je suis également reconnaissant à Jordan Bimm du programme d’études en sciences et technologie de l’Université York qui m’accompagné à l’occasion d’une de mes visites de l’entrepôt et qui m’a communiqué de précieux renseignements historiques. Enfin, je ne saurais manquer d’exprimer ma gratitude à Doug Watt et à Walter Kucharski pour avoir partagé leurs souvenirs et fourni des explications sur les instruments et l’équipement qui ont servi aux expériences qu’ils ont menées.