Image : Exemples de la dextérité que requiert la manipulation des scalpels.
Jean-Baptiste Marc Bourgery, Nicolas-Henri Jacob, Traité complet de l’anatomie de l’homme.
Tome 6. Pl. 15. Paris, 1839. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bourgery1831ga

Le toucher chirurgical — Les artéfacts dans la documentation commerciale

L’une des expositions que présentera le Musée des sciences et de la technologie du Canada (MSTC), dans sa version renouvelée, portera sur la médecine et le rôle primordial qu’y jouent les cinq sens depuis des siècles. Intitulée Sensations médicales, l’exposition traitera de l’utilisation de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût et du toucher dans la pratique médicale, ainsi que de l’évolution des instruments chirurgicaux faisant appel aux cinq sens. On y présentera des artéfacts de la collection du Musée et des objets empruntés d’autres musées au Canada et dans le monde.

L’exposition s’inspirera d’artéfacts et de récits illustrant l’utilisation du toucher dans l’apprentissage et la pratique. D’anciens modèles anatomiques et de nouveaux modèles imprimés en trois dimensions seront utilisés pour le volet consacré à l’apprentissage. Quant au volet pratique, on y explorera le « toucher chirurgical », ainsi que l’importance de la dextérité et de l’utilisation d’instruments de haute précision dans le traitement des maladies et des blessures. Malheureusement, nous ne pourrons exposer tous les artéfacts chirurgicaux contenus dans la collection du Musée, ni les splendides archives visuelles de la bibliothèque et de la collection de documentation commerciale remontant au début des années 1800.

Image : Les catalogues d’instruments chirurgicaux renferment des photos et des fiches techniques que les chirurgiens utilisaient pour faire leurs achats d’équipement. Les instruments étaient parfois offerts dans des trousses, comme celle-ci qui contient les instruments nécessaires à la pratique privée. Surgical Instrument Catalogue, J. H. Montague, Londres, 1897. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Image : Les catalogues d’instruments chirurgicaux renferment des photos et des fiches techniques que les chirurgiens utilisaient pour faire leurs achats d’équipement. Les instruments étaient parfois offerts dans des trousses, comme celle-ci qui contient les instruments nécessaires à la pratique privée. Surgical Instrument Catalogue, J. H. Montague, Londres, 1897. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Ces documents révèlent comment les médecins étaient informés des récentes percées techniques au sein de leur profession. L’un des projets auxquels j’ai travaillé pendant mon stage au MSTC consistait à examiner ces documents, à en numériser une partie et à les intégrer aux nouveaux Système de gestion des contenus numériques et Portail des archives ouvertes du Musée. Les photos présentées dans la documentation commerciale et les manuels améliorent grandement notre compréhension de l’utilisation des instruments chirurgicaux contenus dans la collection du Musée. Parmi les quelques instruments qui seront exposés, on compte un trépan, un scarificateur, des instruments de chirurgie oculaire et une scie à amputation. Étonnamment, bon nombre de ces instruments ont peu changé au fil des ans, témoignant de la stabilité de la médecine chirurgicale. Cependant, la documentation commerciale et les instruments exposés nous révèlent une évolution des matériaux et du style, ainsi que du contexte commercial de la médecine chirurgicale, de même que de vastes changements sur le plan de la pratique et de la technologie. Dans le cadre de mon projet, j’ai aussi fait la découverte de divers documents-image historiques dans les collections d’archives médicales en ligne du Canada et d’autres pays du monde, comme celle de la Bibliothèque de livres rares Thomas Fisher de l’Université de Toronto, de la Bibliothèque Wellcome et de l’Université de Heidelberg.

Image : Exemples de la dextérité que requiert la manipulation des scalpels. Jean-Baptiste Marc Bourgery, Nicolas-Henri Jacob, Traité complet de l’anatomie de l’homme. Tome 6. Pl. 15. Paris, 1839. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bourgery1831ga

Image : Exemples de la dextérité que requiert la manipulation des scalpels.
Jean-Baptiste Marc Bourgery, Nicolas-Henri Jacob, Traité complet de l’anatomie de l’homme. Tome 6. Pl. 15. Paris, 1839. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bourgery1831ga

Certaines images et parties de la collection révèlent un passé violent. Il y a des centaines d’années, les chirurgiens réputés pour leur force et leur vitesse opéraient leurs patients alors qu’ils étaient pleinement conscients. L’anesthésie n’étant pratiquée qu’à partir de 1840, les patients opérés avant cette période étaient en proie à des douleurs traumatisantes. Les actes médicaux les plus dramatiques étaient les amputations; pour atténuer la douleur, on faisait boire de l’alcool aux patients, on leur donnait des analgésiques ou on leur administrait un solide coup de poing. Les chirurgiens pouvaient se procurer des trousses qui contenaient tout le matériel nécessaire à l’opération. Quand ils s’accordaient plus de temps, ils utilisaient une scie à amputation, dont la précision leur permettait de scier l’os d’un trait sans trop endommager les tissus environnants.

Pratiquée il y a 8 000 ans, la trépanation consiste à percer un trou dans la boîte crânienne. Bien qu’on en sache peu sur les motifs de cette technique, certains préconisent qu’on l’utilisait notamment pour faire sortir les esprits malins du corps, soulager les effets d’une pression due aux maux de tête, guérir les patients atteints d’épilepsie et traiter un enfoncement des os crâniens. Les tréphines étaient une solution de rechange aux trépans, des instruments plus gros et moins précis.

Image : Image d’une scie à amputation servant à retirer une partie du cubitus. Jean-Baptiste Marc Bourgery, Nicolas-Henri Jacob, Traité complet de l’anatomie de l’homme. Tome 6. Pl. 56. Paris, 1839. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bourgery1831ga

Image : Image d’une scie à amputation servant à retirer une partie du cubitus. Jean-Baptiste Marc Bourgery, Nicolas-Henri Jacob, Traité complet de l’anatomie de l’homme. Tome 6. Pl. 56. Paris, 1839. http://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/bourgery1831ga

Intervention chirurgicale plus courante, la saignée capillaire consistait à affleurer le sang à la surface de la peau à l’aide de contenants de verre ou de métal chauffés, puis à pratiquer de petites incisions au moyen de scarificateurs pour faire écouler le sang. Les instruments d’extraction dentaire étaient aussi utilisés très couramment; des outils spécialisés avaient été inventés pour chaque type de dent afin de faciliter les interventions. Dans les catalogues d’instruments chirurgicaux, de nombreuses pages étaient souvent consacrées aux instruments dentaires, comme les forceps dentaires et les excavateurs.

Image: Les clés dentaires sont des instruments passablement archaïques qu’on vendait avec les forceps. La griffe à l’extrémité permettait de saisir la dent malade, puis, d’un mouvement de rotation de l’instrument, le chirurgien espérait que la dent se détache. Instrument Catalogue, Arnold and Sons, Londres, 1876. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Image: Les clés dentaires sont des instruments passablement archaïques qu’on vendait avec les forceps. La griffe à l’extrémité permettait de saisir la dent malade, puis, d’un mouvement de rotation de l’instrument, le chirurgien espérait que la dent se détache. Instrument Catalogue, Arnold and Sons, Londres, 1876. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Les artéfacts exposés rappellent aussi la motricité fine dont font preuve les chirurgiens. La chirurgie de la cataracte est aussi une pratique ancienne, qui remonte à l’Égypte antique. Pour ce type d’intervention, on utilisait de petits instruments (comparativement aux instruments pour amputation) qui étaient composés de matériaux et d’éléments décoratifs raffinés, et présentaient une finesse d’exécution remarquable. Cette opération délicate nécessitait l’utilisation d’un ensemble d’instruments de précision particuliers avec lesquels le chirurgien retirait le cristallin et le faisait descendre au fond de l’œil. L’abaissement de la cataracte est la plus ancienne méthode connue pour opérer la cataracte. C’est plus tard qu’est apparue l’aiguille à cataracte servant à retirer le cristallin. À la fin du XIXe siècle, les instruments de chirurgie oculaire se distinguaient encore par leur raffinement. Les trousses constituaient un achat pratique pour les chirurgiens, qui disposaient aussi d’une vaste sélection de lames pratiquement indifférenciables.

Quand l’anesthésie est apparue, et qu’on a en démontré l’efficacité, c’était une invention révolutionnaire pour les chirurgiens et, bien entendu, pour les patients. Il a fallu quelques années à peine pour que tous les chirurgiens l’adoptent.

Image: Inhalateur d’éther utilisé pour anesthésier les patients avant l’opération. Surgical Instrument Catalogue, J. H. Montague, Londres, 1897. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Image: Inhalateur d’éther utilisé pour anesthésier les patients avant l’opération. Surgical Instrument Catalogue, J. H. Montague, Londres, 1897. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Le sens du toucher étant absent chez les patients anesthésiés, les chirurgiens commencèrent à explorer de nouvelles techniques d’utilisation de leur toucher et de leurs instruments.

La documentation commerciale révèle une croissance rapide de la diversité et de la complexité des techniques et instruments durant cette période, et relève plusieurs versions différentes d’un même instrument, ainsi que des instruments portant le nom du chirurgien célèbre qui en est l’inventeur.

Image : Il y a seulement 150 ans, les chirurgiens aimaient travailler avec ce bistouri à ressort à double lame, car les lames repliées étaient compactes et plus tranchantes que celles des bistouris ordinaires. Instrument Catalogue, Arnold and Sons, Londres, 1876. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Image : Il y a seulement 150 ans, les chirurgiens aimaient travailler avec ce bistouri à ressort à double lame, car les lames repliées étaient compactes et plus tranchantes que celles des bistouris ordinaires. Instrument Catalogue, Arnold and Sons, Londres, 1876. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Au XIXe siècle, la salle d’opération a aussi subi certains changements qui ont eu un impact sur l’évolution du toucher chirurgical. Avant l’arrivée de la chirurgie antiseptique, les chirurgiens se lavaient rarement les mains et portaient fièrement leur blouse tachée de sang. On répandait aussi de la sciure de bois sur le plancher de la salle d’opération pour absorber le sang.

Image : Certaines inventions, telles que la table pivotante, s’inscrivaient dans le cadre d’efforts visant à moderniser la salle d’opération et à recueillir le sang. Surgical Instrument Catalogue, J. H. Montague, Londres, 1897. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Image : Certaines inventions, telles que la table pivotante, s’inscrivaient dans le cadre d’efforts visant à moderniser la salle d’opération et à recueillir le sang. Surgical Instrument Catalogue, J. H. Montague, Londres, 1897. Collection de documentation commerciale, Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Dès l’arrivée de la chirurgie antiseptique à la fin du XIXe siècle, on mit davantage l’accent sur les matériaux et la stérilisation, comme en témoignent les artéfacts de la collection et la documentation commerciale. Les instruments faits de matériaux organiques cédèrent la place à de robustes instruments nickelés, que les chirurgiens pouvaient stériliser après chaque intervention. Puis, vint l’acier inoxydable au milieu du XXe siècle. Les chirurgiens commencèrent à se laver les mains, à porter des gants, des masques et des bonnets, et à opérer dans des salles privées propres et bien rangées. Ils s’habituèrent aux gants qui venaient modifier considérablement leur sens du toucher, aux instruments de métal robustes et stériles qui leur simplifiaient la tâche, et à l’exercice d’une médecine propre, minutieuse et prudente, qui, reconnaît-on aujourd’hui, est très spécialisée.

Découvrez une partie de ces changements à l’exposition qui sera présentée à compter de novembre 2017, ou n’attendez pas et explorez dès maintenant notre vaste collection de documentation commerciale où vous trouverez tout un éventail d’images.

 

Erica Nadeau est étudiante au programme d’Études muséales appliquées du Collège Algonquin et travaille à l’exposition Sensations médicales à titre de stagiaire.

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