La caravane et ses premiers propriétaires. (Crédit : famille MacLaren)

L’histoire qui m’a fait changé d’avis

Collectionner, c’est établir un lien entre le temps et l’espace. Nous utilisons nos connaissances et nos réseaux pour chercher des objets porteurs d’une mémoire importante dans l’histoire des sciences et de la technologie au Canada. Mais parfois, quand nous ne savons même pas que nous devrions être à la recherche d’un objet, celui-ci nous trouve et nous oblige à regarder au-delà des priorités que nous avions établies pour nos collections et nous fait découvrir un véritable trésor.

Intérieur de la caravane montrant la glacière. Plaque d’immatriculation au-dessus. (Crédit : famille Desjardins)

Intérieur de la caravane montrant la glacière. Plaque d’immatriculation au-dessus. (Crédit : famille Desjardins)

En septembre 2014, j’ai reçu un courriel d’un collègue du Musée des Beaux-arts du Canada. Il avait vu une caravane fabriquée au Canada qui avait été restaurée avec soin et voulait savoir si nous souhaitions l’acquérir. Il s’agissait d’une caravane Brantford de la fin des années 1930 fabriquée par Canada Carriage & Body Limited. C’était intéressant, mais à première vue, elle datait pratiquement de la même époque que notre autocaravane Nash du même genre et rendait ma décision difficile. J’ai regardé les photographies et ouvert un dossier pour cette caravane que j’ai classé sur mon bureau dans la pile « poursuivre les recherches ».

Extérieur de la caravane restaurée. (Crédit : famille Desjardins)

Extérieur de la caravane restaurée. (Crédit : famille Desjardins)

Je réfléchissais encore aux mérites de la caravane Brantford lorsque sa propriétaire m’a directement appelé en décembre pour savoir si je souhaitais l’acheter. Après lui avoir répondu que je devais approfondir mes recherches avant de pouvoir prendre une décision, je lui ai demandé ce qu’elle savait au sujet de la caravane. Bien que l’anglais soit sa deuxième langue, elle m’a raconté une histoire passionnante et captivante qui m’a obligé à reconsidérer ce que j’avais présumé à propos de la caravane. Grâce aux noms, aux dates et aux détails techniques qu’elle m’a fournis, j’ai commencé à rassembler l’histoire de Brantford et découvert une partie de la richesse et de la complexité de la vie à l’époque de la grande dépression au Canada.

Canada Carriage & Body Co. Ltd était un fabricant bien établi qui avait survécu au déclin du marché de la voiture et à la montée de l’automobile. Cherchant des moyens de diversifier sa ligne de produits pendant les maigres années 1930, il avait acheté la petite entreprise de remorques de Fred Knechtel. Ébéniste doué qui construisait auparavant des meubles radio, M. Knechtel avait décidé de concevoir des remorques pour le marché émergent du tourisme automobile. Canada Carriage a fabriqué les remorques caravanes Brantford pendant quelques années jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale sous la supervision attentive de M. Knechtel.

La caravane Brantford après 50 années d’entreposage. (Crédit : famille Desjardins)

La caravane Brantford après 50 années d’entreposage. (Crédit : famille Desjardins)

Entre-temps, dans Outremont, un riche quartier du grand Montréal, Wallace Anderson MacLaren avait décidé qu’il devait profiter du réseau croissant de routes avoisinantes pour explorer le Canada. Il a acheté la caravane Brantford vers 1937 et au cours des dix années suivantes, a satisfait son goût de l’aventure en prenant la route avec sa famille pour découvrir certains des plus beaux endroits au pays.

La caravane et ses premiers propriétaires. (Crédit : famille MacLaren)

La caravane et ses premiers propriétaires. (Crédit : famille MacLaren)

La famille MacLaren a cessé d’utiliser la caravane en 1949, mais l’a entreposée de manière sécuritaire dans un garage de leur chalet au Lac Louisa dans les Laurentides. La caravane y est demeurée pendant 50 ans jusqu’à ce que les voisins des MacLaren manifestent le désir de la restaurer et de l’utiliser. Lorsque la famille Desjardins a pris possession de la caravane Brantford, elle est non seulement devenue sa propriétaire, mais aussi sa gardienne et, éventuellement, a plaidé sa cause pour qu’elle ait sa place dans notre histoire. En assumant tous ces rôles, elle a maintenu un lien vital avec le passé et m’a aidé à monter un dossier solide pour l’acquisition de cette pièce unique dans l’histoire automobile du Canada.