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Plastiques instables : Défis au chapitre de la conservation des collections muséales

Les plastiques sont tellement ancrés dans vos vies qu’on n’y pense même pas sauf quand on cherche le symbole de produit recyclable. Les musées, cependant, doivent y prêter une attention toute particulière, puisqu’ils comportent des défis de taille constants sur le plan de la collecte et de la preservation (Figure 1).

 

« La préservation des plastiques est une préoccupation croissante chez les restaurateurs en raison de l’instabilité de certaines matières ».

 

 

Figure 1. Dans les entrepôts de la Société des musées de sciences et de technologie du Canada, beaucoup de petits objets fabriqués à partir des premières matières plastiques sont entreposés à des températures froides et constantes dans une pièce prévue à cette fin.

Figure 1. Dans les entrepôts de la Société des musées de sciences et de technologie du Canada, beaucoup de petits objets fabriqués à partir des premières matières plastiques sont entreposés à des températures froides et constantes dans une pièce prévue à cette fin.

 

Le premier plastique synthétique a été breveté en 1865; l’année 2015 marque donc les 150 ans du plastique. Nous collectionnons des objets de plastique non pas pour présenter des exemples des matières plastiques mêmes, mais pour rappeler que le plastique représente une part importante de l’histoire du Canada sur le plan technologique et social (Figure 2). Le caoutchouc a été l’une des premières matières plastiques à voir le jour; il n’est donc pas difficile d’imaginer la quantité d’objets de caoutchouc que compte une collection d’artefacts technologiques – pneus, chambres à air, joints et bagues d’étanchéité, tapis de plancher, toiles, câbles, élastiques… il y en a partout.

 

 

Figure 2. (A) La friabilité causée par la dégradation de l’acétate de cellulose est nettement visible sur cette poignée appartenant à un véhicule Town and Country de marque Chrysler datant de 1948. (B) La dégradation du nitrate de cellulose est visible sur l’embout de cette pipe. (C) Dégradation de l’ébonite sur un stéthoscope datant du XIXe siècle. (D) Signes de dégradation du caoutchouc sur ce masque à gaz de la Grande Guerre, causée par une exposition à l’oxygène et à la lumière.

Figure 2. (A) La friabilité causée par la dégradation de l’acétate de cellulose est nettement visible sur cette poignée appartenant à un véhicule Town and Country de marque Chrysler datant de 1948. (B) La dégradation du nitrate de cellulose est visible sur l’embout de cette pipe. (C) Dégradation de l’ébonite sur un stéthoscope datant du XIXe siècle. (D) Signes de dégradation du caoutchouc sur ce masque à gaz de la Grande Guerre, causée par une exposition à l’oxygène et à la lumière.

 

 

La préservation des plastiques est une préoccupation croissante chez les restaurateurs en raison de l’instabilité de certaines matières. Beaucoup d’études sont menées à ce sujet en Europe, la plupart portant sur l’utilisation du plastique dans les œuvres d’art et les objets décoratifs. Le projet PoPArt est un bel exemple. La présence du plastique dans les collections d’artefacts technologiques suscite beaucoup moins d’intérêt et c’est ce qui nous préoccupe. En 2010, l’Association canadienne pour la conservation et la restauration des biens culturels a parrainé un atelier auquel ont participé d’éminents spécialistes canadiens, dont Scott Williams et Julia Fenn. Cet atelier portait sur le plastique dans la collection de la Société des musées de sciences et technologies du Canada.

 

Figure 3. (A) La coloration formée par la résine urée-formaldéhyde sur les pièces moulées de ce téléphone à cadran de marque Philco est bien visible. (B) Cet échantillon d’un des premiers câbles télégraphiques sous-marins, isolé de gutta-percha, est en fait remarquablement bien conservé.

Figure 3. (A) La coloration formée par la résine urée-formaldéhyde sur les pièces moulées de ce téléphone à cadran de marque Philco est bien visible. (B) Cet échantillon d’un des premiers câbles télégraphiques sous-marins, isolé de gutta-percha, est en fait remarquablement bien conserve.

 

 

Pourquoi sommes-nous préoccupés par les matières plastiques dans notre collection? Parce que nous en voyons partout. Le plastique est sans doute la matière qui a eu la plus grande incidence sur l’électrification du monde, ayant permis la production de câbles (dont le câble transatlantique de 1854 à 1858, puis de 1865 à 1866), de matériaux isolants et de pièces moulées destinées à des produits de consommation, comme les récepteurs téléphoniques. Notre collection sur les transports renferme une panoplie de pneus de caoutchouc, ainsi que des volants en plastique, des poignées et des lunettes de sécurité (munies d’une couche de plastique intercalée entre deux lamelles de verre), un tableau de bord moulé, des panneaux intérieurs, des raccords et des revêtements de vinyle. L’aviation utilise des matières plastiques semblables. Le plastique est en fait l’une des grandes avancées technologiques des années séparant la Première et la Deuxième Guerre mondiale ayant donné lieu à d’importantes innovations dans le secteur de la construction d’aéronefs durant cette période. Sur le plan de la conception, le plastique – combiné à notre capacité de mouler des pièces complexes – est à l’origine de la création d’objets décoratifs qui sont devenus des icônes du XXe siècle, dont des radios, des lampes, des téléphones, des meubles et des accessoires de mode.

 

 

Le plastique est une matière fascinante. Nous sommes énormément redevables aux premiers pionniers du secteur chimique, dont les réalisations ont permis qu’il soit omniprésent dans nos vies aujourd’hui.

 

 

Figure 4. La friabilité.

Figure 4. La friabilité.

 

 

 

À quoi ressemble le plastique qui se détériore? Il devient friable (Figure 4), collant, présente des altérations en surface ou change de couleur. Certaines matières plastiques (comme le nitrate de cellulose) libèrent un gaz invisible qui, en présence d’humidité, peut former de l’acide sur les surfaces adjacentes, ce qui entraînera la désintégration des composés organiques et la corrosion des métaux. Le nitrate de cellulose dont sont composés les boutons d’un vieux vêtement, par exemple, finira par trouer le tissu et détériorer toutes les pièces de métal décoratives ou tiges des boutons. On devrait donc les retirer et les entreposer séparément, même si cela vous brise le cœur.

 

 

 

 

La Division de la conservation et de la collection est chargée de prendre soin de la collection nationale de la Société des musées de sciences et technologies du Canada, en assurant la pérennité des artefacts, leur préservation et leur hébergement.

 

 

 

 

 

Alyssum 1

Le jardin de nickel : Les aventures d’un spécialiste de l’histoire orale

Lorsqu’on leur demande d’où proviennent les métaux comme le nickel, la plupart des gens disent qu’ils se trouvent dans les mines. De toute évidence, c’est un métal qu’on doit extraire du sol. Et si je vous disais que le nickel pouvait être cultivé? Et si, au lieu d’extraire le minerai de nickel du sol, vous pouviez le faire pousser et le récolter chaque année? J’étais légèrement sceptique moi aussi, jusqu’à ce que j’aie le plaisir de discuter avec M. Bruce Conard, Ph. D., l’homme derrière cette initiative non traditionnelle visant à nettoyer le sol de surface d’une petite municipalité en Ontario.

 

Né à St-Louis, au Missouri, c’est peu après avoir reçu son doctorat en chimie physique de l’Iowa State University que M. Conard s’est joint à l’équipe de la société Inco (International Nickel Company). Au début, il a travaillé dans les laboratoires de Mississauga où il a cumulé des années d’expérience variée en pyrominéralurgie, électrochimie et hydrométallurgie qui l’ont éventuellement mené au poste de directeur de recherche sur les méthodes. Son travail le plus remarquable est survenu par la suite, lorsqu’il est devenu vice-président des sciences de l’environnement et de la santé au sein de la société. Grâce à sa vaste expérience en métallurgie, la principale tâche de M. Conard était d’étudier les effets ou les impacts des métaux sur l’environnement composé d’écosystèmes, d’animaux, de gens et de travailleurs au sein de l’entreprise. Même si une grande partie de son travail visait à rendre le milieu de travail plus sain et l’environnement plus sûr, il s’est souvent retrouvé à évaluer les risques des métaux en espérant mieux informer les organismes extérieurs et le public en général à ce sujet. Un des événements marquants de sa carrière est survenu en 2001, lorsque les citoyens de Port Colborne ont déposé un recours collectif contre Inco après avoir découvert que les premières activités de la raffinerie locale avaient pollué la surface du sol avec des niveaux élevés de nickel, de cuivre et de cobalt.

Alysson, Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

Alysson, Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

À la fin de la guerre en 1918, le gouvernement du Canada et les alliés avaient fait pression sur Inco pour qu’elle construise sa raffinerie à Port Colborne. Son emplacement à côté du lac Érié faciliterait le transport du nickel vers les États-Unis et l’Europe de l’Ouest. « Il n’y avait pas de nickel à Port Colborne, il fallait le faire venir de Copper Cliff (Sudbury). Pendant des années, le déchargement du nickel qui arrivait ainsi que la façon dont nous le raffinions ont fait pas mal de poussière », relate Conard. « Et la poussière s’envolait par la cheminée et se mêlait aux vents dominants avant de retomber au sol. Il y a plusieurs terres résidentielles et agricoles à Port Colborne ».

 

Après plusieurs années d’évaluation du risque effectué par Inco et le ministère de l’Environnement de l’Ontario, M. Conard a énoncé publiquement que les exploitations initiales d’Inco avaient été en cause. Les gens de Port Colborne ont donc décidé de déposer un recours collectif, mais l’évaluation avait également déterminé que les métaux dans le sol ne posaient pas de risque considérable pour l’environnement ni pour la population locale. Le recours collectif s’est poursuivi sur le motif que les concentrations élevées de nickel diminuaient la valeur marchande des propriétés dans le secteur. Une longue bataille devant les tribunaux s’ensuivit et le juge trancha qu’Inco devait payer 36 millions de dollars aux propriétaires des terres. Inco a ensuite porté la cause en appel et la Cour d’appel de l’Ontario a infirmé la décision de la cour inférieure estimant qu’il n’y avait aucune preuve de dévaluation des propriétés. De plus, la raffinerie Inco s’était conformée à toutes les lois réglementaires environnementales et gouvernementales en vigueur à ce moment; celles-ci étaient malheureusement très différentes avant les années 1960.

 

« Nous avons même testé une tonne de cendre accumulée après l’incinération de la biomasse récoltée en la mettant dans les convertisseurs pour récupérer le nickel. Au lieu du maïs, nous faisions pousser du nickel ! »

∼ M. Bruce Conard

 

« L’héritage des métaux dans le sol nous préoccupe toujours aujourd’hui », explique Conard, qui a travaillé sur le problème pendant près d’une décennie pour essayer d’éliminer le plus de présence de nickel possible. « J’avais le rêve […] qu’Inco absorbe tout le nickel présent dans le sol […] et qu’il le mette dans des convertisseurs pour le récupérer ». Mais que voulait-il dire exactement par « absorber » tout le nickel présent dans le sol? « Je voulais utiliser des plantes hyperaccumulatrices », m’a-t-il expliqué, « des plantes (des alyssons) qui adorent accumuler du nickel dans leur biomasse. »

 

Il a travaillé avec des chercheurs du Département de l’agriculture des États-Unis qui ont sélectivement élevé différents types de plantes hyperaccumulatrices pour maximiser en quantité et en rapidité la prise de nickel. « Ils ont amélioré certains génotypes des plantes que nous avons testés dans les sols de Port Colborne », explique Conard. « Nous avons même testé une tonne de cendre accumulée après l’incinération de la biomasse récoltée en la mettant dans les convertisseurs pour récupérer le nickel. Et cela a fonctionné! » s’exclama-t-il. « Au lieu du maïs, nous faisions pousser du nickel ! »

 

 

Test de plantes alysson dans un champ de Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

Test de plantes alysson dans un champ de Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

Cette technique d’acquisition du nickel pourrait être utilisée dans les sols où la concentration de nickel est trop faible pour qu’il soit économiquement viable de l’exploiter par l’entremise d’une mine. Ce serait aussi une technique beaucoup moins envahissante pour récupérer les métaux. De plus, cette manière permettrait de reverdir les mines épuisées tout en continuant d’extraire de petites quantités de nickel. Conard a envisagé l’exportation de cette technique de remédiation par les plantes dans les pays plus chauds comme l’Indonésie. « On peut obtenir trois saisons par année là-bas grâce au climat. […] Elle serait également une bénédiction sociale, car les agriculteurs de subsistance pourraient faire plus d’argent à faire pousser du nickel qu’à faire pousser n’importe quoi d’autre », explique Conard. Son équipe s’est rendue à l’étape de tester l’alysson en Indonésie en s’assurant que la plante ne serait pas envahissante dans un pays étranger. « C’est à peu près au moment où j’ai pris ma retraite et malheureusement, plus rien n’a été fait par la suite », explique Conard.

 

À ce jour, quelques autres pays comme les États-Unis et la France ont étudié l’alysson et ont fait des expériences, mais personne ne semble avoir dépassé la phase expérimentale de la culture des métaux. Grâce aux recherches disponibles, nous pouvons conclure qu’il y en a encore trop à apprendre au sujet de la plante, de sa phase de cueillette optimale et de sa prédisposition à l’envahissement dans certaines régions. « J’ai toujours un rêve illusoire à ce sujet », confesse Conard, « mais ces projets-là doivent être gérés par un champion ». Peut-être que le rêve a simplement besoin d’un nouveau Bruce Conard.

 

M. Bruce R. Conard, Ph. D., vice-président, Sciences de l’environnement et de la santé, Inco Limited. Photo courtoisie de Bruce Conard.

M. Bruce R. Conard, Ph. D., vice-président, Sciences de l’environnement et de la santé, Inco Limited. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

Remerciement :

Merci Bruce, d’avoir pris le temps de me rencontrer. La passion et la fierté que vous avez pour votre travail étaient palpables en votre présence et ont rendu l’entrevue très captivante.

 

Sources :

Conard, Bruce. Entrevue avec Bruce Conard, Projet « Échos » de l’histoire de la métallurgie et des mines, 23 août 2015. Toronto, Ontario, en personne (William McRae)

Werniuk, Jane. « Cleaning Up a Community ». Canadian Mining Journal. 6 juin 2004. http://www.canadianminingjournal.com/news/cleaning-up-a-community/1000156424/

Bowal, Peter et Sean Keown. « Nickel Shower : An Environmental Class Action ». Law Now. 28 février 2013. http://www.lawnow.org/environmental-class-action/

 

 

 

 

 

Alyssum 1

Le jardin de nickel : Les aventures d’un spécialiste de l’histoire orale

Lorsqu’on leur demande d’où proviennent les métaux comme le nickel, la plupart des gens disent qu’ils se trouvent dans les mines. De toute évidence, c’est un métal qu’on doit extraire du sol. Et si je vous disais que le nickel pouvait être cultivé? Et si, au lieu d’extraire le minerai de nickel du sol, vous pouviez le faire pousser et le récolter chaque année? J’étais légèrement sceptique moi aussi, jusqu’à ce que j’aie le plaisir de discuter avec M. Bruce Conard, Ph. D., l’homme derrière cette initiative non traditionnelle visant à nettoyer le sol de surface d’une petite municipalité en Ontario.

 

Né à St-Louis, au Missouri, c’est peu après avoir reçu son doctorat en chimie physique de l’Iowa State University que M. Conard s’est joint à l’équipe de la société Inco (International Nickel Company). Au début, il a travaillé dans les laboratoires de Mississauga où il a cumulé des années d’expérience variée en pyrominéralurgie, électrochimie et hydrométallurgie qui l’ont éventuellement mené au poste de directeur de recherche sur les méthodes. Son travail le plus remarquable est survenu par la suite, lorsqu’il est devenu vice-président des sciences de l’environnement et de la santé au sein de la société. Grâce à sa vaste expérience en métallurgie, la principale tâche de M. Conard était d’étudier les effets ou les impacts des métaux sur l’environnement composé d’écosystèmes, d’animaux, de gens et de travailleurs au sein de l’entreprise. Même si une grande partie de son travail visait à rendre le milieu de travail plus sain et l’environnement plus sûr, il s’est souvent retrouvé à évaluer les risques des métaux en espérant mieux informer les organismes extérieurs et le public en général à ce sujet. Un des événements marquants de sa carrière est survenu en 2001, lorsque les citoyens de Port Colborne ont déposé un recours collectif contre Inco après avoir découvert que les premières activités de la raffinerie locale avaient pollué la surface du sol avec des niveaux élevés de nickel, de cuivre et de cobalt.

 

À la fin de la guerre en 1918, le gouvernement du Canada et les alliés avaient fait pression sur Inco pour qu’elle construise sa raffinerie à Port Colborne. Son emplacement à côté du lac Érié faciliterait le transport du nickel vers les États-Unis et l’Europe de l’Ouest. « Il n’y avait pas de nickel à Port Colborne, il fallait le faire venir de Copper Cliff (Sudbury). Pendant des années, le déchargement du nickel qui arrivait ainsi que la façon dont nous le raffinions ont fait pas mal de poussière », relate Conard. « Et la poussière s’envolait par la cheminée et se mêlait aux vents dominants avant de retomber au sol. Il y a plusieurs terres résidentielles et agricoles à Port Colborne ».

 

Après plusieurs années d’évaluation du risque effectué par Inco et le ministère de l’Environnement de l’Ontario, M. Conard a énoncé publiquement que les exploitations initiales d’Inco avaient été en cause. Les gens de Port Colborne ont donc décidé de déposer un recours collectif, mais l’évaluation avait également déterminé que les métaux dans le sol ne posaient pas de risque considérable pour l’environnement ni pour la population locale. Le recours collectif s’est poursuivi sur le motif que les concentrations élevées de nickel diminuaient la valeur marchande des propriétés dans le secteur. Une longue bataille devant les tribunaux s’ensuivit et le juge trancha qu’Inco devait payer 36 millions de dollars aux propriétaires des terres. Inco a ensuite porté la cause en appel et la Cour d’appel de l’Ontario a infirmé la décision de la cour inférieure estimant qu’il n’y avait aucune preuve de dévaluation des propriétés. De plus, la raffinerie Inco s’était conformée à toutes les lois réglementaires environnementales et gouvernementales en vigueur à ce moment; celles-ci étaient malheureusement très différentes avant les années 1960.

 

 

« L’héritage des métaux dans le sol nous préoccupe toujours aujourd’hui », explique Conard, qui a travaillé sur le problème pendant près d’une décennie pour essayer d’éliminer le plus de présence de nickel possible. « J’avais le rêve […] qu’Inco absorbe tout le nickel présent dans le sol […] et qu’il le mette dans des convertisseurs pour le récupérer ». Mais que voulait-il dire exactement par « absorber » tout le nickel présent dans le sol? « Je voulais utiliser des plantes hyperaccumulatrices », m’a-t-il expliqué, « des plantes (des alyssons) qui adorent accumuler du nickel dans leur biomasse. »

 

 

Alysson, Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

Alysson, Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

Il a travaillé avec des chercheurs du Département de l’agriculture des États-Unis qui ont sélectivement élevé différents types de plantes hyperaccumulatrices pour maximiser en quantité et en rapidité la prise de nickel. « Ils ont amélioré certains génotypes des plantes que nous avons testés dans les sols de Port Colborne », explique Conard. « Nous avons même testé une tonne de cendre accumulée après l’incinération de la biomasse récoltée en la mettant dans les convertisseurs pour récupérer le nickel. Et cela a fonctionné! » s’exclama-t-il. « Au lieu du maïs, nous faisions pousser du nickel ! »

 

 

Test de plantes alysson dans un champ de Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

Test de plantes alysson dans un champ de Port Colborne. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

Cette technique d’acquisition du nickel pourrait être utilisée dans les sols où la concentration de nickel est trop faible pour qu’il soit économiquement viable de l’exploiter par l’entremise d’une mine. Ce serait aussi une technique beaucoup moins envahissante pour récupérer les métaux. De plus, cette manière permettrait de reverdir les mines épuisées tout en continuant d’extraire de petites quantités de nickel. Conard a envisagé l’exportation de cette technique de remédiation par les plantes dans les pays plus chauds comme l’Indonésie. « On peut obtenir trois saisons par année là-bas grâce au climat. […] Elle serait également une bénédiction sociale, car les agriculteurs de subsistance pourraient faire plus d’argent à faire pousser du nickel qu’à faire pousser n’importe quoi d’autre », explique Conard. Son équipe s’est rendue à l’étape de tester l’alysson en Indonésie en s’assurant que la plante ne serait pas envahissante dans un pays étranger. « C’est à peu près au moment où j’ai pris ma retraite et malheureusement, plus rien n’a été fait par la suite », explique Conard.

 

« Nous avons même testé une tonne de cendre accumulée après l’incinération de la biomasse récoltée en la mettant dans les convertisseurs pour récupérer le nickel. Au lieu du maïs, nous faisions pousser du nickel ! »

∼ M. Bruce Conard

 

 

À ce jour, quelques autres pays comme les États-Unis et la France ont étudié l’alysson et ont fait des expériences, mais personne ne semble avoir dépassé la phase expérimentale de la culture des métaux. Grâce aux recherches disponibles, nous pouvons conclure qu’il y en a encore trop à apprendre au sujet de la plante, de sa phase de cueillette optimale et de sa prédisposition à l’envahissement dans certaines régions. « J’ai toujours un rêve illusoire à ce sujet », confesse Conard, « mais ces projets-là doivent être gérés par un champion ». Peut-être que le rêve a simplement besoin d’un nouveau Bruce Conard.

 

M. Bruce R. Conard, Ph. D., vice-président, Sciences de l’environnement et de la santé, Inco Limited. Photo courtoisie de Bruce Conard.

M. Bruce R. Conard, Ph. D., vice-président, Sciences de l’environnement et de la santé, Inco Limited. Photo courtoisie de Bruce Conard.

 

 

Remerciement :

Merci Bruce, d’avoir pris le temps de me rencontrer. La passion et la fierté que vous avez pour votre travail étaient palpables en votre présence et ont rendu l’entrevue très captivante.

 

Sources :

Conard, Bruce. Entrevue avec Bruce Conard, Projet « Échos » de l’histoire de la métallurgie et des mines, 23 août 2015. Toronto, Ontario, en personne (William McRae)

Werniuk, Jane. « Cleaning Up a Community ». Canadian Mining Journal. 6 juin 2004. http://www.canadianminingjournal.com/news/cleaning-up-a-community/1000156424/

Bowal, Peter et Sean Keown. « Nickel Shower : An Environmental Class Action ». Law Now. 28 février 2013. http://www.lawnow.org/environmental-class-action/

 

 

 

 

 

Photo : Située au 4000, rue Saint-Ambroise, à Montréal, la société Coleco Canada comptait parmi les quelques entreprises ayant fabriqué des consoles de jeux vidéo au pays.

Transition vers le numérique : l’indissociabilité du matériel et du logiciel

Il y a de cela plus d’un an, on m’a demandé d’explorer le monde des jeux vidéo « canadiens » et de proposer des modèles d’exposition d’artefacts à tenir en 2016. Le seul hic était que le Musée ne possédait pas beaucoup de tels artefacts. Devrais-je donc partir à zéro et monter une nouvelle collection? Nous avions bien quelques pièces intrigantes qui pouvaient me servir comme point de départ… Or, l’examen initial de ces objets et de leur histoire a façonné ma manière de conceptualiser les mondes physiques et numériques, de même que le flou qui les sépare.

Photo: Mise au point par la société Flim Flam et distribuée au Canada par la firme G.A.M.E. ltée, la table proposait quatre jeux, soit Flim Flam Tennis, Flim Flam Hockey, Knockout et Knockout Doubles, tous des clones du jeu Pong.

Photo: Mise au point par la société Flim Flam et distribuée au Canada par la firme G.A.M.E. ltée, la table proposait quatre jeux, soit Flim Flam Tennis, Flim Flam Hockey, Knockout et Knockout Doubles, tous des clones du jeu Pong. No. d’artefact : 1985.0580 STMTC

Le premier vrai jeu vidéo acquis par le Musée se présente sous forme de jeu d’arcade en style de table de salon (1985.0580). Cet ajout à la collection nationale a vite été suivi par l’acquisition en 1987 d’une console de jeux l TELSTAR (1987.0457), fabriqué par la société Coleco Canada. Comme les jeux (des clones de Pong dans les deux cas) font partie intégrante de ces premiers artefacts, contrairement aux ordinateurs sur lesquels on peut jouer ou non, ils constituent donc des exemples à la fois matériels et logiciels du divertissement électronique.

Légende : On peut voir la vidéo d’une table Flim Flam remise en état par un dénommé DeLuSioNaL Arcade montrant comment les jeux se déroulaient (https://www.youtube.com/watch?v=AVKOjKl3dPU, en anglais seulement).

Photo : On peut voir la vidéo d’une table Flim Flam remise en état par un dénommé DeLuSioNaL Arcade montrant comment les jeux se déroulaient (https://www.youtube.com/watch?v=AVKOjKl3dPU, en anglais seulement).

De nombreux fabricants ont conçu des versions misant sur l’immense succès de Pong, commercialisé par Atari. Considéré comme étant le premier jeu d’arcade d’un succès commercial, l’original a en outre ouvert un marché pour les consoles résidentielles (Odyssey de Magnavox et Home Pong d’Atari). Les deux artefacts ont eu leur rôle à jouer dans le développement d’une industrie et d’une culture du jeu vidéo au Canada. Bien qu’ils aient été acquis séparément, je ne peux m’empêcher de croire qu’on les a toujours imaginés ensemble au sein de la collection. Combinés, ils illustrent en effet la montée en popularité du divertissement électronique à l’échelle nationale au milieu des années 70. La table de jeux et la console résidentielle représentent l’éventail croissant d’endroits où les consommateurs étaient invités à jouer, tout en révélant que l’industrie s’est d’abord formée en copiant des logiciels populaires au lieu d’innover. Ces objets constituent une excellente amorce de discussion sur l’adoption des technologies et la valeur culturelle et sociale des jeux vidéo.

Photo : Située au 4000, rue Saint-Ambroise, à Montréal, la société Coleco Canada comptait parmi les quelques entreprises ayant fabriqué des consoles de jeux vidéo au pays.

Photo : Située au 4000, rue Saint-Ambroise, à Montréal, la société Coleco Canada comptait parmi les quelques entreprises ayant fabriqué des consoles de jeux vidéo au pays. No. d’artefact : 1987.0457 SMSTC.

En analysant les deux artefacts, on comprend rapidement qu’il faut aller au-delà de leur matérialité. Avant de partir à leur recherche au sein des pièces de la collection, j’envisageais de traiter les éléments matériels et logiciels séparément, comme des entités bien distinctes à examiner. Or, la table et la console m’ont fait réaliser que le caractère physique de ces éléments est intrinsèquement lié à leur caractère numérique, et que c’est en les examinant de manière globale qu’on pourra en tirer une signification plus profonde.