Thresher

L’art du battage

Je me suis joint à l’équipe du personnel du musée à titre de conservateur responsable de l’agriculture et de l’alimentation en juin dernier, soit il y a près d’un an. Mes antécédents professionnels portent sur l’histoire muséale dans le domaine de la pêche; j’avais donc à m’adapter et à apprendre de nouvelles choses. C’était un défi pour moi d’arriver à connaître la collection dans le domaine de l’agriculture, qui contient plus de 4 000 objets. Pour me familiariser avec la collection et créer des liens avec les artefacts qui la composent, je me suis promené dans nos installations d’entreposage, en prenant le temps d’examiner les objets et de prendre des notes au sujet de ceux qui m’intéressaient.

Un objet a immédiatement attiré mon attention : une batteuse. Les batteuses servent à séparer le grain. À l’aide de cylindres entraînés par une courroie et de tables à secousses, elles extraient le grain et le séparent de la balle et de la paille. Ces machines ont été conçues à la fin du 18e siècle et ont permis de mécaniser la séparation du grain; cette tâche était auparavant faite par les ouvriers. Les fermiers ont ainsi pu traiter une plus grande quantité de grain. Grâce aux batteuses, la productivité agricole a augmenté, mais ces machines étaient mal vues des travailleurs agricoles, particulièrement en Angleterre, et ils s’y sont opposés. Dès la fin du 19e siècle, les batteuses avaient des roues et leur taille avait grossi. Au cours du 20e siècle, les batteuses ont été remplacées par des moissonneuses-batteuses, des machines qui combinent les opérations de récolte et de battage du grain.

Image 1: Cette photo est prise du côté arrière gauche de la batteuse fabriquée par Macdonald MacPherson & Co. On peut voir à droite de la photo la scène qui représente l’île tropicale. On aperçoit également les lignes délicates, les décorations et le lettrage. Photo : William Knight.

Photo 1: Cette photo est prise du côté arrière gauche de la batteuse fabriquée par Macdonald MacPherson & Co. On peut voir à droite de la photo la scène qui représente l’île tropicale. On aperçoit également les lignes délicates, les décorations et le lettrage. Photo : William Knight.

Comme je l’ai découvert par la suite, l’histoire de cette machine (artefact no 1978.0939) est intéressante. Elle a été fabriquée par Macdonald MacPerson & Co., une entreprise fondée en 1869, à Stratford, en Ontario. Cette batteuse appartenait à un agriculteur de la région de Stratford. En 1927, le Henry Ford Museum de Dearborn, au Michigan, l’a achetée du fils du fermier. En 1978, le Musée national des sciences et de la technologie, comme il s’appelait à l’époque, a échangé avec le Henry Ford Museum un semoir à maïs fabriqué aux États-Unis contre cette batteuse, qu’il a rapatriée au pays.

Je ne connaissais rien de cette histoire lorsque j’admirais la batteuse dans l’entrepôt. Ce qui avait attiré mon regard, c’était les motifs remarquables, peints à la main, qui ornaient la surface de la batteuse : le lettrage, les lignes délicates, les décorations et les scènes. Vous pouvez admirer une partie de ce travail sur les photos : le nom du fabricant de la batteuse, Macdonald MacPherson & Co., est peint sur un fond plus sombre, sur le couvercle extérieur d’un convoyeur; il y a également deux scènes, peintes sur les petites portes, de chaque côté de la machine. Il s’agit de scènes maritimes : une représente un navire, probablement une goélette, qui suit la côte, alors que l’autre montre une île tropicale avec des palmiers qui se balancent au vent. Est-ce que le peintre rêvait de ses origines ou de son passé maritimes lorsqu’il a réalisé ces scènes? Ou peut-être songeait-il au voyage qu’allait entreprendre le blé canadien sur les océans, en route vers des destinations lointaines…

Thresher 2

Photo 2: Cette photo montre le côté droit de la batteuse. À gauche, sur la photo, on peut voir la scène représentant la goélette. On trouve au premier plan un exemple de magnifiques ornementations qu’un artisan inconnu a réalisées sur cette batteuse. Photo : William Knight.

Ces dessins à main levée sont caractéristiques de l’équipement agricole fabriqué au 19e siècle, comme l’a souligné Tamara Tarasoff dans un texte qu’elle a écrit pour le musée en 1989. Les éléments décoratifs peints à la main avaient pour but de rendre l’équipement plus attrayant, tout comme le style des automobiles d’aujourd’hui est conçu pour attirer les acheteurs potentiels. La différence réside dans le fait que les artisans du 19e siècle peignaient ces éléments à la main, ou les reproduisaient parfois au pochoir, directement sur les machines. L’époque de l’équipement et des machines décorés de motifs peints à la main a pris fin dans les années 1920. Évidemment, le design a continué à être une composante de ce qui rend les machines utilisables et attrayantes, mais ce magnifique travail anonyme est devenu une chose du passé.

 

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