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Partie 1 : Un appareil photo panoramique Cirkut et son propriétaire

Cette histoire suit l’acquisition que le musée a faite récemment d’un appareil photo panoramique Cirkut. Ce blogue sera constitué d’une série de cinq courts billets réalisés en collaboration avec Karen Ball-Pyatt, bibliothécaire à la salle Grace Schmidt de la bibliothèque publique de Kitchener. Nous retracerons des épisodes de l’histoire de cet appareil, du premier photographe à l’avoir utilisé, de la Grande Guerre, et des contributions de Canadiens à l’évolution de la photographie panoramique.

Appareil photo panoramique Cirkut Century 46, No. 8 division Century Camera, Société Eastman Kodak (Rochester, N.Y.) ca. 1908-15 No. d’artefact : 2013.0126

Appareil photo panoramique Cirkut
Century 46, No. 8
division Century Camera,
Société Eastman Kodak (Rochester, N.Y.)
ca. 1908-15
No. d’artefact : 2013.0126

Je commencerai la série, et Karen prendra la relève pour la deuxième partie sur le site de son blogue Historically Speaking (en anglais seulement) la semaine prochaine. Nous continuerons ensuite en alternance chaque semaine, et nous ferons connaître ce que nous savons à propos de l’appareil photo et du photographe.

 

Nous soulèverons probablement plus de questions que nous n’apporterons de réponses; de ce fait, nous sollicitons les contributions des lecteurs. Et qui sait, nous ferons peut-être ensemble des découvertes en cours de route!
L’appareil photo a été fabriqué par la division Century Camera de la société Eastman Kodak de Rochester entre 1908 et 1915. D’après M. Bogad, cet appareil a été utilisé par Ernest Denton (1883-1957), un photographe renommé de la région de Kitchener-Waterloo, propriétaire du Denton Photo Studio dans la ville alors connue sous le nom de Berlin, Ontario. L’appareil aurait servi jusqu’au milieu des années 1950, et il a fort probablement été utilisé pour la dernière fois en 1963 pour prendre des clichés du pique-nique estival de la chambre immobilière de Kitchener-Waterloo, affirme Bogad.

Mais qu’est-ce que la photographie panoramique? Il s’agit d’une technique employée pour capter en une seule exposition des vues larges et ininterrompues d’un paysage ou d’une scène. Cette technique a suscité un engouement à la fin du XIXe siècle à l’époque où des fabricants ont combiné l’invention d’une pellicule souple enroulée à un mécanisme qui faisait tourner un appareil autour de l’axe optique d’une lentille. Quelques innovations canadiennes, dont il sera question dans la cinquième partie, ont perfectionné le système qui a eu alors la capacité de capter des scènes larges et allongées sur pellicule et sur des photos allant jusqu’à 2,45 m, qui dépassent le champ de vision de l’œil humain.

M. Nassau avec une camera panoramique Cirkut. Celle-ci par contre a été manufacturer pas le division Folmer and Schwing de la société Eastman Kodak.

M. Nassau avec une caméra panoramique Cirkut. Celle-ci par contre a été manufacturer pas le division Folmer and Schwing de la société Eastman Kodak.

C’est par l’intermédiaire de M. Wilhem Nassau, un expert en histoire de la photographie qui entretient une relation de longue date avec le musée que cette superbe pièce y est parvenue. M. Nassau avait réuni, durant les années 1970, la collection d’enseignement de l’Université Wilfrid Laurier qui a été donnée au musée en 1981, accroissant considérablement notre collection d’appareils photo. Avançons rapidement jusqu’en juin 2013 lorsque Willie est venu à Ottawa pour nous montrer l’appareil photo Cirkut de M. Bogad et nous raconter des épisodes de sa riche histoire. L’appareil appartenait à M. Bogad qui habitait dans le voisinage de Willie à Kitchener-Waterloo, et c’est de là que nous avons amorcé nos recherches sur sa provenance et son authenticité, et qui ont mené à son acquisition.

L’appareil photo intégral est authentique dans sa moindre partie. L’appareil, un Cirkut n8 montre des signes d’usure aux endroits habituels attendus; même la mallette de transport semble avoir connu maints déplacements, témoin de nombreuses histoires cachées des 100 années d’existence de cet artéfact. L’appareil photo a également changé de propriétaires à quelques reprises : du studio de Denton, il est passé à un propriétaire inconnu, puis à Pirak Studio, et enfin chez M. Bogad du Forde Studio qui a reconnu sa valeur et l’a plus tard offert au musée.

 

J’ai vu l’appareil photo pour la première fois en 1960, puis je l’ai acheté d’Al Pirak au début des années 1970 en raison de son caractère unique, du travail de Denton et de l’importance historique de ses photographies panoramiques.

~ Dolph Bogad

Lorsque le musée a acquis cet appareil photo panoramique Cirkut, le chaînon manquant de toute l’histoire était les photos. Faire le lien entre l’appareil, Ernest Denton le photographe et ses photos rendrait une histoire beaucoup plus intéressante à raconter. Les photos ont-elles survécus ? Si oui, où sont-elles ? Est-ce que cette histoire meme est authentique ? La recherche m’a finalement mené à la salle Grace Schmidt de la bibliothèque publique de Kitchener.

Après plusieurs courriels et discussions avec Karen au printemps de 2014, il s’est avéré que la salle Grace Schmidt avait dans leurs collections des œuvres de Denton. Mais y avait-il des photos panoramiques ? Quelques jours plus tard je reçois de Karen une très belle miniature d’un panorama militaire, signé Denton. Hou la La ! Dans leurs archives ont été trouvés 24 photos panoramiques d’Ernest Denton.

Cette preuve physique a certainement ajouté une nouvelle dimension à la caméra. Le « quand » et le « comment » cet appareil photo panoramique Cirkut a été utilisé ont commencé à émerger. C’est en 1916 qu’Ernest Denton, âgé de 31 ans, aurait photographié des régiments du corps expéditionnaire canadien avant leur départ outremer. N’est-ce pas là une découverte intéressante à l’occasion du 100e anniversaire du début de la Grande Guerre et une bonne raison de connecter et collaborer à un blogue?

Une note sur l’authenticité: Comme beaucoup d’objets historiques, nous ne pouvons pas dire avec une certitude absolue que c’était la caméra qui a pris les photographies panoramiques Denton. Cependant les preuves trouvées à ce jour appuient fortement le cas. L’appareil photo, le photographe, les photos, et de leur situation géographique sont tous liés dans le temps. Elles se combinent avec une chaîne presque ininterrompue de la propriété de l’objet qui pointe vers le lien de cette caméra aux photos panoramiques.

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Le prochain billet paraîtra le 4 mars sur le blogue Historically Speaking.


La deuxième partie « Déchiffrer Denton : la connexion Kitchener »

(en anglais seulement)

Le 4 mars 2015

blogue HISTORICALLY SPEAKING

Salle Grace Schmidt, Bibliothèque publique de Kitchener

@KPL_GSRHistory


Références bibliographiques :

  1. Lansdale, Robert. « The Inventors of the Cirkut Camera and its Parts », Photographic Canadiana, vol. 36, no1 (mai-juin 2010).
  2. McBride, Bill. « Evolution of the No. 10 Cirkut Camera », Photographic Canadiana, vol. 36, no1 (mai-juin 2010).
  3. McKeown, James M. McKeown’s Price Guide to Antique & Classic Cameras, 12eédition, Wisconsin, 2005-2006.
  4. George Eastman House, Rochester, N.Y.

Remerciements : Nous souhaitons exprimer nos sincères remerciements à Wilhem Nassau pour être entré en rapport avec le musée et avoir ainsi rendu possible le don, à Dolf Bogad pour le don de l’appareil photo et pour avoir révisé cet article, à Karen Ball-Pyatt pour sa recherche, la salle Grace Schmidt d’histoire locale et Historically Speaking pour leur accords à participer à ce projet, à Bryan Dewalt pour sa critique du projet et ses idées, et Linda Laroque et Lynn Wilson pour leurs judicieuses corrections.

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Données culturelles ouvertes : Redécouvrir le passé, explorer l’avenir

Q : Qu’est-ce qu’une batteuse, une locomotive et un traîneau spatial ont en commun?

R : Ils font tous les trois partie de la collection nationale en sciences et en technologies du Canada, et de l’information à leur sujet peut être téléchargée à partir du portail des données ouvertes du gouvernement du Canada.

Au mois de novembre dernier, nos trois musées nationaux, soit le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada, ont publié nos premiers jeux de données ouvertes sur le portail des données ouvertes du gouvernement du Canada. Alors que la deuxième Expérience annuelle des données ouvertes canadienne (EDOC) approche, la Société des musées de sciences et technologies du Canada est impatiente de découvrir de quelle façon originale et étonnante les codeurs du pays vont combiner les jeux de données afin de créer des applications utiles pour les Canadiens, d’un océan à l’autre.

Les musées ont un rôle important à jouer dans le domaine des données ouvertes. En leur qualité de gardiens de notre patrimoine culturel, technologique et scientifique, les musées nationaux ont le devoir de veiller à ce que leur collection soit accessible à l’ensemble des Canadiens. Nos musées sont ravis de donner accès à leur collection, qui compte plus de 100 000 artefacts soulignant les réalisations du Canada en sciences, en technologie et en génie, et de collaborer avec les codeurs, les chercheurs, les universités, les collèges, les entreprises et les collectivités afin de créer des applications utiles et intéressantes pour tous les Canadiens.

Nous invitons les développeurs du pays à s’amuser avec cette collection exceptionnelle. Les jeux de données couvrent des artefacts diversifiés, notamment des trains, des avions, des tracteurs et des grille-pain. Plus de 80 champs de données, y compris des images, portent sur chacun des artefacts. Déjà, des codeurs ont accédé à nos jeux de données pour créer de nouveaux portails de recherche sur la collection des musées, comme l’illustre l’explorateur de la collection créé par le codeur indépendant An-Min Kuo, du groupe d’experts-conseils Blue Factor. De plus, en collaboration avec des responsables des sciences humaines numériques de l’Université d’Ottawa, des étudiants en histoire s’emploient à explorer les données de la collection avec les représentants des musées afin de produire une exposition consacrée à l’histoire de l’exploration et de l’arpentage au Canada.

La publication de données ouvertes a également eu des répercussions dans nos musées, étant donné qu’elle constitue une étape importante dans l’avènement de la culture et de la « pensée » numériques. Elle sert aussi de base à de nouveaux projets déjà en chantier.

Comme vous le savez peut-être, le Musée des sciences et de la technologie du Canada a fermé ses portes récemment afin de permettre la réalisation d’importantes rénovations. Or, l’immeuble est peut-être fermé, mais le Musée demeure actif à la grandeur du pays, et nos jeux de données et leurs multiples utilisations contribuent à faire connaître notre vaste collection d’artefacts fascinants et à faciliter de nouvelles formes d’engagement numérique pour un nombre sans précédent de Canadiens.

Les données ouvertes offrent des possibilités inexplorées à notre pays. Nos trois musées sont heureux d’être associés à ce mouvement et de participer à l’EDOC cette semaine. Nous sommes impatients de collaborer avec des créateurs afin d’élaborer de nouvelles et fascinantes applications pour les données ouvertes. Les possibilités sont illimitées.

Par Brian Dawson

Anita Scott-Harrison en compagnie de Bill Dawson, bénévole à Soins continus Bruyère.

Une communauté de soutien grâce à un « clic » avec le nez

En 2012, le personnel de conservation de la SMSTC a amorcé un projet de cinq ans portant sur la collecte de « nouvelles technologies ». Nous avons attribué un thème différent à chacune des  cinq années en visant l’objectif implicite de refléter la vie au Canada au XXIe siècle. Pour 2014, mes collègues et moi-même avons entrepris de recueillir des technologies associées au renforcement des liens familiaux et à la création de communautés. Vu la portée des histoires que nous recueillons, le terme « communauté » peut se définir de façon très générale, de même que d’une multitude de façons. Pour ma part, toutefois, la meilleure représentation de l’idée d’une communauté comme groupe de soutien se trouve dans une occasion actuelle de collection composée d’un ordinateur portable de 2012, d’une caméra et d’un logiciel appelé Nouse. Anita Scott-Harrison, une patiente de l’établissement Soins continus Bruyère d’Ottawa, a été la première personne à faire l’essai de ce système :

 

« Lorsque je suis devenue paralysée il y a deux ans, les gens éprouvaient des difficultés à venir me rendre visite. (…) Les contacts avec ma famille et mes amis me manquaient. (…) Deux personnes, soit Hillary, mon ergothérapeute, qui a heureusement remarqué que je pouvais maintenant bouger un peu la tête, suffisamment pour me servir de Nouse, et Bill, mon bénévole, ici à Saint-Vincent, toujours aussi gentil et attentionné, et un ordinateur portable ainsi qu’un nouveau logiciel appelé Nouse ont contribué à inverser cette situation. Bill se trouvait un jour dans ma chambre et a entendu Hillary décrire le matériel nécessaire. J’aurais besoin d’un ordinateur portable, du logiciel Nouse, d’un accès Internet sans fil et d’un compte courriel contenant mes contacts. Il nous faudrait également déterminer comment placer l’ordinateur portable lorsque je voudrai m’en servir. De toute évidence, Hillary aurait beaucoup de pain sur la planche! D’emblée, Bill a proposé d’ajouter une autre journée à son horaire de visites, il m’a fourni un ordinateur portable et Nouse, puis a installé (et personnalisé) le tout pour moi1. »

 

Anita Scott-Harrison et David Bissessar à Soins continus Bruyère d’Ottawa

Cette citation est tirée d’un témoignage qu’Anita a rédigé au sujet de son expérience de l’utilisation de la technologie de perception visuelle appelée Nouse (contraction de l’anglais « nose as mouse » [le nez utilisé comme souris]) qui permet l’interaction avec un ordinateur fondée sur la vision et sans intervention manuelle. Le système saisit une séquence vidéo en premier lieu, puis la répartit dans les canaux correspondant aux composantes mouvement, couleur et intensité de la vidéo. Le système commence par effectuer une segmentation du visage, puis accomplit des tâches de détection à partir desquelles le logiciel pourra estimer l’emplacement du visage dans la vidéo. Une fois qu’un visage a été détecté, l’utilisateur doit choisir manuellement les éléments dont il veut faire le suivi. C’est ce que l’on appelle le « suivi stéréo »; le logiciel utilise la forme convexe du nez pour suivre le visage en 3D avec l’aide d’une caméra Web ordinaire.

Le curseur Nouse est semblable à la flèche standard d’une souris.

Le curseur Nouse est semblable à la flèche standard d’une souris. Traduction de l’image : Joystick = Manche à balai

Dmitry Gorodnichy a créé la technologie Nouse au Conseil national de recherches du Canada (CNRC). En 2007, il a fondé une entreprise appelée IVIM Inc. a fait breveter la technologie Nouse du CNRC avec l’intention d’en poursuivre la mise au point. Cette technologie a également été approuvée par le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario dans le cadre du Programme d’appareils et accessoires fonctionnels. La recherche et l’innovation inhérentes à la mise au point de Nouse, de même que ses applications et les destinataires ciblés, font de programme un ajout intéressant dans la collection actuelle de technologies d’assistance du Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Un clic avec le logiciel Nouse est réalisé grâce à l’aide d’une minuterie. Traduction de l’image : Joystick = Manche à balai Special menu = Menu spécial Left click = Clic gauche Right clic = Clic droit Double clic = Double clic

Un clic avec le logiciel Nouse est réalisé grâce à l’aide d’une minuterie. Traduction de l’image :
Joystick = Manche à balai
Special menu = Menu spécial
Left click = Clic gauche
Right clic = Clic droit
Double clic = Double clic

Toutefois, ce qui m’enthousiasme le plus à propos de cette acquisition est que l’historique de son utilisation et de son adaptation représente une communauté unique d’entraide et de soutien. Anita, la donatrice, est devenue paralysée en 2012 et a été transférée à Soins continus Bruyère à Ottawa, en Ontario. L’Institut de recherche Elizabeth-Bruyère, un partenariat de Soins continus Bruyère avec l’Université d’Ottawa, a contribué activement à la mise au point de Nouse. Anita a commencé à utiliser Nouse en 2014 avec l’aide de son ergothérapeute, de son bénévole de l’hôpital, des membres de sa famille et du personnel d’IVIM Inc. Le regroupement de cette diversité d’expertises et de connaissances était nécessaire pour qu’Anita puisse réussir à utiliser ce logiciel. Elle n’aurait pu arriver à se servir des différents éléments de Nouse sans l’apport de chacun des membres de cette communauté de soutien.

Remerciements :

J’aimerais exprimer ma gratitude à Anita pour nous avoir fait part de son histoire. Sa force et sa détermination méritent notre reconnaissance et notre admiration. Un grand merci également à David Bissessar pour ses efforts et son engagement relativement à Nouse, et pour son précieux soutien durant le processus d’acquisition par le musée.

Sources :

Témoignage d’Anita Scott-Harrison, http://www.nouse.ca/en/testimonial.php

Nose as Mouse: Assistive Technology, http://www.nouse.ca/

1 Témoignage d’Anita Scott-Harrison, http://www.nouse.ca/en/testimonial.php (consulté le 23 septembre 2014). Ce témoignage a été rédigé à l’aide de Nouse.